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L'ombre du Temps

 
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Kahyli'na
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MessagePosté le: Mer 28 Juil - 14:54 (2010)    Sujet du message: L'ombre du Temps Répondre en citant

Tout est noir. Tout est flou. J'ai mal. Mal à tel point que j'ai l'impression que ma chair est en train de fondre. C'est comme la fois quand j'étais petit où des novices de la citadelle de Tuniga s'étaient amusés à tester des sorts sur moi. Mais en pire. J'ai l'impression de ne plus pouvoir bouger, de n'être réduit qu'à cette sensation horrible, que je suis pourtant incapable de situer précisément. Partout à l'intérieur de moi, il y a de la douleur. Partout autour de moi, il y a une brume bleue, qui ondule doucement. Elle me tend les bras. Ce n'est plus du brouillard, c'est une silhouette. Elle sourit. Ce sourire est si doux… et j'ai si mal… Mais peut-être que ça a toujours été le cas… c'est si familier comme sensation… Elle me regarde… Mais je ne sens même pas son regard… Pourtant, dans mes souvenirs, il était si fort, si palpable… son regard… J'essaie de l'appeler mais aucun son ne s'échappe de ma bouche. Tout m'échappe. La seule chose encore tangible de moi-même, la seule chose à laquelle je m'agrippe, c'est ma magie. À la fois parce que le contraire serait désastreux, mais aussi parce sans elle, je ne pourrai jamais arriver à mes fins. Comme toujours, quand tout fuit, tout brûle, tout part en poussière, elle est là, immuable. Je sais qu'elle sera toujours là, sans relâche et jusqu'à mon dernier souffle, que jamais elle ne m'abandonnera. Cette pensée me donne envie de vomir. Je hais cette magie. J'ai besoin d'elle. J'ai mal.

J'essaie désespérément de tendre une main en avant. La douleur augmente. Il me semble qu'elle va s'approcher. Des larmes irréelles brouillent ma vue. La silhouette bleue devient grise, couleur de cendres, et semble par la même occasion se condenser. L'horreur m'envahit. Immense, infinie, implacable, inévitable. La souffrance me déchire de part en part, je hurle. Il sourit. De son sourire froid et douloureux, celui qu'il avait la dernière fois. Le supplice m'inonde par vagues de plus en plus fortes, et au fur et à mesure que je sens ma respiration s'étrangler, mes membres se raidir, mon corps tout entier faiblir, ma volonté s'effriter, je vois son sourire s'élargir, ses yeux briller de joie. Cette joie sauvage, cette délectation d'une vengeance longtemps désirée, qui me terrorise. Le cri d'horreur qui résonne semble se cristalliser dans l'air autour. Il se met à rire. Le son de sa voix ne me parvient pas, je n'entends que mon propre hurlement, je ne sens que ma propre douleur, je ne ressens que ma propre souffrance. Mais je ne vois que lui. Lui, sa bouche qui rit, ses yeux qui jubilent, semblant me dire : "Voilà la justice.". Tout est noir. Ne reste que l'enfer qui me dévore le corps. Tout est emporté. Le sens des choses s'embrouille. Je plonge.

" Fais de beaux rêves, Bihel…"

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Lune, entends le coeur de la bête humaine, la complainte d'un astre sans lumière, d'une terre sans étoile, larme sans sourire, une rose noir diamant... Lune, regarde ce monde immense, et pleure, sur la bêtise de ceux qui ont oublié la sagesse...


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MessagePosté le: Mer 28 Juil - 14:54 (2010)    Sujet du message: Publicité

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Kahyli'na
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MessagePosté le: Mer 28 Juil - 16:18 (2010)    Sujet du message: L'ombre du Temps Répondre en citant

Une lumière diffuse traverse mes paupières. Je sens un souffle froid et salé caresser ma peau. Puis je perçois la douleur, de nouveau, suivie de peu par une odeur immonde de sang et de charnier. Je serre les dents pour ne pas gémir, étouffant le son de souffrance qui m'oppresse la gorge. J'ai l'impression qu'on est en train d'essayer de m'arracher la peau. Incapable de contrôler ma respiration, les yeux toujours clos, j'essaie tout de même de me calmer, de faire le point. Mais je suis incapable de me concentrer sur autre chose que le fait qu'une horde de psychopathes essaie de m'écorcher vif aux niveaux du torse et des bras (ou alors Rigel a eu faim entre temps et elle m'a dépecé, mais là je préfère croire que c'est pas possible.). Je sens une présence chaude contre moi, sur la droite, ce doit être elle. Les dieux soient loués. Alors qu'un soupçon de soulagement est sur le point de m'être accordé, une sensation très désagréable me contracte soudain l'abdomen.

J'ouvre les yeux d'un coup. Par réflexe, je bascule sur le côté, sans avoir le temps de penser que je vais le regretter, à cause de la douleur que cela me cause. Je vomis tout ce que j'ai, agité de spasmes violents, m'étouffant à moitié. La bile me brûle la gorge, je sens que mon nez se met à saigner. Je me sens tellement faible que j'ai du mal à ne pas m'écrouler sur place. Mais le simple fait de me maintenir au dessus du sol me fait tellement mal que même si je le voulais, je n'arriverais pas m'évanouir de nouveau. Je rebascule finalement sur le dos, haletant, des larmes de douleur perlant à mes yeux. Je crois que je n'ai jamais autant souffert physiquement de toute mon existence. Je ne suis d'ailleurs pas très sûr de vouloir savoir ce qui m'arrive.

Prudemment, je tâte mes membres supérieurs. Le simple fait de les utiliser est douloureux, c'est comme si ma peau était tendue à craquer. Je décide de me redresser, ce qui, je dois bien l'avouer, s'avère être une très mauvaise idée. Mais vu que je ne compte pas rester là à faire la sieste le restant de mes jours, je serre les dents, et j'essaie jusqu'à y parvenir. Ça me prend bien cinq minutes. La première chose que je vois, c'est Rigel à côté de moi, roulée en boule et endormie sur le sol froid. La seconde, c'est le sang qu'elle a sur elle. Avec des gestes prudents, je me penche pour observer, complètement horrifié à l'idée qu'elle soit blessée. Mais il s'avère très vite que c'est de mon sang dont il s'agit. Je respire un peu mieux. Elle n'a rien, à part quelques écorchures et une plaie superficielle à la tempe. J'ai presque envie de dire que tout va bien.

Bon, allez, Gab, c'est le moment de regarder où toi tu en es… aie aie… Alors, voyons voir… C'est… … … … … … c'est… Putain mais je rêve?!?!? Je… y a… tout… arg… si… mais… arg… Elle… C'est moi qui sens le brûlé?!?

J'ai soudain de nouveau très envie de vomir. Mais même en cherchant bien, je n'ai plus rien à recracher, et mon estomac se résigne à ne pas réagir. J'inspire profondément, ou ce qui s'y assimile dans mon état. Ok. C'est pas grave, t'étais déjà totalement couvert de cicatrices, ça te changera pas beaucoup. Dis-toi que c'est pas toi qui as du te coltiner le sale boulot, et inquiète-toi plutôt pour elle. Et commence un peu à réfléchir à la suite, parce qu'on est pas là pour regarder le paysage et méditer sur l'esthétisme de la cautérisation. … … Par tous les dieux, ça fait un mal de chien…

J'aperçois mon sac gisant à quelques pas de moi, et grimace à l'idée de devoir l'atteindre en étendant le bras. Rien que d'y penser, je sens mon épaule protester… et elle n'est pas seule… Je me résigne cependant, serre les dents, chasse de mon esprit l'image des plaies se rouvrant, et récupère mon bien. Ciel. Je m'empresse (même si mon actuelle possibilité de m'empresser est plutôt restreinte) de sortir les vivres. Même si la vue de la nourriture crée un vif sentiment de dégoût à mon estomac, je me force à manger. J'ai besoin de reprendre des forces, sinon je n'irai pas loin. Avant de partir, j'ai dévaliser les cuisines, et j'ai notamment fait une razzia sur la sorte de bouillie bizarre qu'ils utilisent sur les élèves qui ne savent pas se contrôler et qui épuisent leur magie (ce qui a en général pour effet de les faire s'évanouir, voir de passer pas loin de les tuer). Je ne sais pas ce qu'ils foutent dans ce truc, mais c'est vachement efficace… Même si c'est dégueu. J'ai également pris du pain et trois outres d'eau. De quoi tenir un minimum.

Tandis que je sens les nutriments faire leur effet, et que je mâchouille sans conviction (cette bouillie est vraiment infecte… et c'est toujours dans les pires moments que j'ai envie de faire la fine bouche…), je fais le point, observant avec incertitude Rigel qui dort dans l'herbe ensanglantée, frissonnante. Je sors de mon sac ma cape de voyage et la dépose sur elle. C'est un des rares biens que mes maîtres ont bien été obligés de me laisser, étant donné qu'ils ne pouvaient pas se permettre de me trimballer partout comme ils l'ont fait en me laissant crever de froid entre chaque citadelle.
Décidément, l'été est bien tardif sur la côte Est, même s'il paraît qu'une fois installé il est étouffant.

Alors, résumons la situation… Nombres de morts… … Allez Gab, c'est pas le moment de jouer les âmes sensibles. Pense à l'essentiel. L'essentiel est devant, pas derrière.
Je ferme les yeux, et me force à ignorer le sentiment de remord et de culpabilité qui frappe à ma porte.
Nombre de morts : 2. État des troupes : passable. Rigel, la fatigue et le traumatisme de l'expérience mis à part, n'a rien subi de trop grave. Moi, c'est plus délicat, mais on fera avec. Pas le choix. Vivres : de quoi tenir quelques jours en se rationnant. Destination : … j'en sais encore rien.

Mais le plus dingue dans tout ça… On est sortis. J'ai du mal à y croire mais… on a réussi, on est dehors. Et en vie, histoire de faire les choses bien. J'avoue que je suis un peu pris au dépourvu. Libre… Enfin, probablement pas pour longtemps en ce qui me concerne. Mon regard est toujours posé sur Rigel. Ses cheveux décoiffés dépassent de sous le tissus épais, le rouge de sa tempe entaillée ressort sur la pâleur inhabituelle de sa peau. Mon regard s'assombrit. Une chance pareille ne se représentera probablement jamais. Alors je ferai en sorte de ne pas retourner de si tôt dans une de leurs geôles. Je dois être devenu totalement fou pour oser les défier de la sorte, mais depuis le temps que je dis que cette fille va me rendre dingue…
Bon… Le jour est en train de se lever, ce qui veut dire qu'on doit être là depuis une dizaine d'heures. De ce fait, il doit nous rester à peine quelques heures avant l'arriver des mages. Je ne me fais pas d'illusion, ils ont déjà du être prévenu, d'une manière ou d'une autre. Et ils vont venir, je n'ai aucun doute là-dessus. Parce qu'ils ne peuvent pas se permettre de me laisser disparaître ainsi dans la nature. Avant, j'aurais simplement attendu qu'ils arrivent. Les choses ont changé. Et nous n'allons pas nous attarder dans les parages.

Avec toute la douceur possible, je presse l'épaule de Rigel.

- Rigel? Rigel, réveille-toi…

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Kahyli'na
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MessagePosté le: Mer 28 Juil - 16:55 (2010)    Sujet du message: L'ombre du Temps Répondre en citant

Elle grogne. C'est bon signe. Elle se retourne et me regarde avec un regard totalement inédit, mélange de fatigue extrême, de "pourquoi tu me réveilles gros lard?", d'autres questionnements divers et d'égarement.

- Il faut que…


Elle se redresse d'un coup sur son séant, la tête rentrée dans les épaules comme si elle s'attendait à tout moment à être attaquée par surprise par un ennemi invisible. Elle regarde autour d'elle avec un air de méfiance extrême, m'attrape le poignet.

- Il est où?


Je la regarde sans rien dire, nageant dans une incompréhension profonde. Je suis sûr qu'un gros point d'interrogation est en train de tanguer au-dessus de ma tête. Mais de quoi est-ce qu'elle parle???? Elle est tombée sur la tête? Voyant qu'elle attend vraiment une réponse, je finis quand même par réagir, chuchotant sans trop savoir pourquoi :

- … De qui tu parles?


Là, elle se tourne vers moi, ouvre de grands yeux super bizarres - on dirait trop qu'elle a fumé le calumet c'est flippant - et fait, avec un sérieux qui me dépasse, et dont elle seule est capable vu ce qu'elle me sort :

- OUH OUH


… …



J'ai jamais été très bavard ni très social, et je ne suis pas réputé pour ma capacité à faire la conversation. Mais des fois, je me dis vraiment que ce n'est pas entièrement de ma faute.
Là, comme vous pouvez le constater, y a un gros vide, parce que j'ai beau chercher, je vois pas ce qu'elle essaie de me dire. Le point d'interrogation au-dessus de ma tête vient de fonder une famille. Pour le coup, je suis bien content de rien avoir au visage, parce que sinon ouvrir des yeux pareils me serait très douloureux.

- … ouh ouh?


Elle hoche la tête, l'air pas rassurée du tout. Mais qu'est-ce qui lui arrive bon sang… Ouh ouh… Ouh ouh… mais qu'est-ce qu'elle entend par… ouh ouh… Quoi, y a un gars qui s'amusait à imiter une chouette cette nuit? C'est quoi le délire? Quoi "ouh ouh"? C'est pas très très clair ><
Puis là, d'un coup, comme un flash, j'ai l'image de Rigel s'extasiant sur un arbre qui me revient en tête, et tout semble s'éclaircir. Non mais je rêve… le pire c'est que c'est pas une plaisanterie T_T

- … oh… Y avait un hibou?


Elle me regarde toujours avec ce même air à la fois inquiet et ahuri, mais qui au moins me rassure sur un point : c'est toujours la même.

- J'en sais rien mais en tout cas ça faisait ça. Ça fait "OUH OUH" un hibou?

- … Oui. C'est rien, et pas dangereux tant que tu lui cherches pas des noises, en théorie. De plus, c'est un oiseau nocturne, il t'embêtera plus pour un moment normalement.


L'air soulagé, elle semble se détendre un peu. Mais comme on pouvait s'y attendre, le répit est de courte durée. Elle se crispe derechef, me foudroie du regard avec de gros yeux (ah bah tu vois, tu aurais fait ces yeux-là tout à l'heure en faisant "ouh ouh" et j'aurais tout de suite compris de quoi il s'agissait…), et je commence à craindre qu'elle ne commence à imiter un troupeau de sanglier ou un quelconque autre phénomène de grande ampleur qui l'aurait interpellée durant la nuit.

- Qu'est-ce que tu fais assis?!


Oh… oh oh… Ça commence à sentir le brûlé (sans vouloir être de mauvais goût…). J'aime pas quand elle a ce regard inquisiteur... Aie aie aie… Aie aie aie…

- J'allais pas rester couché toute la journée quand…

- POUR-QUOI-TU-ES-ASSIS?

- Je…


Et vlan, d'une main elle me plaque de nouveau contre le sol, et se met à ronchonner dans sa barbe en me fusillant du regard. Cette fille est tarée. Ou totalement inconsciente. Les deux probablement. En tout cas, j'ai le souffle coupé, et ça fait méga-mal. Mais à force je vais bien finir par m'y habituer -- -- Avec des gestes saccadés, j'attrape comme je peux le paquet de vivres et le lui tend tant bien que mal, lâchant dans un souffle :

- T'as faim?


Elle s'empare de la nourriture sans autre forme de procès, se contentant à mon égard d'un dernier regard réprobateur avant de se mettre à manger. Ouf, je suis sauvé. Du moins pour le moment. Pendant qu'elle mange, il me faut recommencer depuis le début la grande aventure qu'est pour moi le fait de me redresser. Pendant que je sue sang et eau et que j'en bave des ronds de chapeau, elle me regarde tranquillement tout en mangeant, sans esquisser le moindre geste, que ce soit pour m'aider ou pour réduire mes efforts à néant - dernier point pour lequel je lui suis relativement reconnaissant. Au bout de cinq nouvelles minutes, j'arrive enfin à me rasseoir, presque essoufflé par l'effort. En plus d'être en lambeaux, je suis aussi faible qu'un nouveau né. Las, je reprends un peu de bouillie énergétique.

- Il faut qu'on parte d'ici le plus vite possible.

- Pourquoi donc?

- … Parce qu'on va se faire cueillir comme des fleurs.

- Tu crois vraiment que les profs vont nous courir après jusqu'ici après ce qu'on leur a mis?


Oh… Il semblerait que certaines données n'aient pas atteint son cerveau.

- Je pensais pas à ces mages-là.


Je commence à ranger les vivres, malgré l'air dépité de Rigel qui semblait bien partie pour tout dévorer. Et voyant qu'elle suit avec des yeux suppliants la miche de pain, je me sens obligé de préciser :

- Il va falloir qu'on se rationne, on ne peut pas se permettre de manger tout ce qu'on a sinon on va crever de faim. Quand on se sera procuré un peu d'argent, on pourra se permettre de mieux vivre. Pour l'instant, ça ne va pas être possible.


Elle fait la moue mais n'insiste pas. Il va vraiment falloir que je me fasse à l'idée que le monde lui est inconnu et qu'elle ne connaît rien en dehors de ses livres de cours, à peu de choses près. Et pour commencer, il va falloir que je reprécise le fait que je suis censé être une propriété privée, non autorisée à se faire la malle comme je viens de le faire. Elle me fixe, de ses grand yeux sombres, attendant la suite. Je me fais violence pour ne pas m'attarder dans son regard, qui m'attire comme une flamme un papillon, et tout en finissant de rassembler les quelques affaires qui traînent, je mets les pieds dans le plat bien comme il faut, parce qu'on a pas le temps de faire dans la dentelle par rapport à ça :

- Je suis censé appartenir à l'Alliance dite de Danha, qui siège en plein cœur du Kardum, et qui est pour ainsi dire le pilier de la cohésion du Doltor. Mais ça on a déjà du te l'apprendre, je suppose. Bref, tout ça pour dire que c'est pas n'importe qui. Et je leur appartiens, magie et corps compris. Enfin en théorie. Et il n'y a pas la moindre chance qu'ils décident de me laisser courir librement la campagne, ce serait bien trop dangereux et désavantageux pour eux. Et vu la façon dont on s'est magistralement fait la malle, ils vont pas arriver les mains dans les poches et gentiment me demander de rentrer dans ma cage prendre une correction, si tu vois ce que je veux dire. Voilà pourquoi il faut qu'on file, et fissa. À moins bien sûr que tu ne veuilles retourner à l'académie.


Tout du long elle a écouté sans broncher, mais cette dernière évocation la fait réagir. En un clin d'œil la voilà debout prête à partir, son tas de bouquins serré contre la poitrine, les sourcils froncés à la simple idée de remettre les pieds dans sa "prison". Je la comprends… même si, de mon point de vue l'académie était une prison très très agréable à vivre. Mais dans un sens, je préfère qu'elle continue à trouver que cette école est le fond du fond, connaître les autres options n'est pas une nécessité.

Je ne fais aucun commentaire sur le fait qu'elle s'est déjà approprié ma cape - à défaut de chemise en état. L'espace d'un instant, je me retiens de sourire. Je ne sais pas pourquoi elle a l'air d'aimer me piquer mes vêtements, mais ça me fait sourire. Même maintenant. Et parce que j'en ai besoin, surtout maintenant.
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MessagePosté le: Mer 28 Juil - 16:59 (2010)    Sujet du message: L'ombre du Temps Répondre en citant

J'essaie de me mettre debout mais ma tentative est un échec total. Finalement Rigel est obligée de m'aider, mais à peine suis-je sur mes deux jambes que des éclats de voix nous parviennent. Sans attendre de savoir si on nous a vus ou non, je pousse Rigel derrière le seul refuge à proximité, en l'occurrence l'énorme arbre à quelques pas de là, et la plaque entre moi et l'écorce. Chose très désagréable, je me retrouve avec l'angle d'un grimoire dans l'estomac.

- Mais attends, si ça se trouve c'est…


Je place un doigt devant ma bouche pour lui demander le silence et risque un coup d'œil derrière le tronc. Trois silhouettes en robes brunes se tiennent au bord de la falaise à environ deux cents mètres à peine, penchées au-dessus de l'aplomb. Elles s'adressent en criant à des personnes qui semblent se trouver en contrebas. Et merde. Ils sont déjà là. Au moins ce n'est pas un Quintet. De toute façon c'est logique : pour envoyer des hommes aussi vite, il a fallu joindre les plus proches, en attendant d'avoir mieux sous la main. Donc il s'agit probablement de subalternes, au pire d'ambassadeurs. Rien d'impossible à se débarrasser en tout cas. Tout du moins je l'espère fortement.

- C'est eux. Faut qu'on arrive à se mettre à couvert. S'ils nous chopent on est fichu.


En vérité, si je vois à peu près ce qui m'attend, je ne sais pas trop ce qu'ils peuvent bien réserver à une éventuelle complice. Mais je ne préfère pas le découvrir. Et s'il advenait que nous soyons pris, je serai le premier à prétendre ne pas la connaître. Je préfère la savoir loin de moi, en vie et en liberté plutôt qu'avec moi et par la même occasion avec eux. Même si ça briserait le peu de foi en la vie que je peux encore avoir.

Nos deux regards se tournent simultanément vers la forêt qui s'étend au pied des montagnes, sur des lieux et des lieux. Des kilomètres et des kilomètres d'espace regorgeant de cachettes potentielles… dont nous sommes séparés par au moins trois cents mètres d'espace découvert, si ce n'est pas plus.

- C'est une super idée dis-moi… Et comment on fait ça?


C'est vachement le moment de faire de l'ironie… Qu'est-ce que j'en sais moi… Fait chier…

- Si on court très vite…

- Tu t'es vu?


Là, je ne peux pas m'empêcher de la foudroyer du regard. Ce qui ne fait que l'encourager à prendre un air dubitatif et à en rajouter une couche.

- Et puis on aura pas fait deux mètres qu'ils nous auront déjà remarqués si tu veux mon avis… à moins de se planquer derrière les brins d'herbe…

- T'as une suggestion peut-être?


Elle prend un air songeur tout en regardant autour. Moi je la regarde sans rien dire. De toute manière j'ai plus rien à dire, je suis vidé, je sais même pas comment j'arrive à tenir sur mes deux jambes. Tout mon corps me hurle "STOP". Être debout n'arrange pas les choses. J'ai la tête qui commence à tourner.

- Tu crois qu'elle vont jusqu'où les racines?


Les racines… les racines… elle a parlé de brins d'herbe en dernier… Les racines des brins d'herbe? Non ça doit pas être ça… ah… ah oui, l'arbre… … Mais qu'est-ce que j'en sais moi? Alors, voyons la tête de ce gros truc… ouais, très gros… donc grosses racines… J'ai comme la nette impression que mon cerveau est en train de fondre.

- Loin.

- Assez loin?

- Aucune idée… mais t'as qu'à faire ce que t'as en tête, parce que moi, niet.

- Je me sers des racines pour canaliser ma magie et je leur offre une jolie explosion bien violente sortie de nulle part. Ça nous donnera au moins un peu d'avance…

- T'as encore assez de magie pour ça?

- Je me suis pas vidée de mon sang, moi, et j'ai une nuit d'avance sur toi, au cas où ça t'aurait échappé…

- Ah ouais…


Se contorsionnant pour se retrouver face au massif végétal probablement centenaire, elle plaque ses paumes contre l'écorce, après m'avoir jeter un regard en coin et refiler ses bouquins (qui pèsent une tonne… je comprends maintenant pourquoi c'était si crevant cette traversée, tout d'un coup…). J'ai du mal à focaliser ma vision, je suis pas sûr de pouvoir rester debout encore très longtemps. Traverser l'océan en lévitant, d'une traite et après avoir jouer les héros contre des mages confirmés, c'était vraiment un mauvais plan, on aurait du demander un temps mort avant de partir…

Pour m'éviter de retomber dans les vapes, j'essaie de me concentrer sur Rigel. Ses paupières fermées, son air neutre, ses cheveux à la coupe irrégulière, le contour de ses lèvres, la chaleur qui émane de son corps, la ligne fière de son front, sa peau halée rendue pâle par la fatigue, la plaie à sa tempe, le sang noir cristallisé. Le sentiment de culpabilité qui m'empoigne par le col me réanime un peu. Ce n'est pas en me laissant aller que je vais pouvoir la protéger. Enfin, pour le moment, essayer de ne pas être un boulet à sa cheville sera déjà pas mal…

En attendant le moment fatidique où il va falloir se mettre à courir, je regarde de nouveau ce qui se passe du côté de nos futurs poursuivants. Ceux qu'ils ont envoyés en bas voir si on n'y était pas, y sont toujours, et ceux d'en haut sont toujours aussi concentrés sur leurs collègues. Je tourne la tête et jette un regard désespéré à la forêt, qui me paraît de plus en plus lointaine. Si j'avais pas promis de plus baisser aussi facilement les bras, je crois que je renoncerais à m'infliger ça. Je perçois un léger changement de posture chez Rigel. C'est le moment.

Je n'ai pas le temps de profiter du magnifique spectacle du sol explosant en une gerbe d'étincelles et de flammes, ni celui de plaindre le pauvre arbre qui vient de se faire griller les racines. Je me permets tout juste une réflexion admirative sur la longueur assez impressionnante du végétale. Rigel s'est de nouveau emparée de ses livres et court désormais comme une dératée à quelques pas devant moi. La douleur est atroce. Mon corps est en train de ses déchirer en lambeaux. Je vais finir en morceaux, ça n'est pas possible autrement. Les larmes me montent aux yeux. La dernière fois que j'ai pleuré de douleur, c'était il y a deux ans. Les tests avec ma magie m'avaient arraché une bonne partie de la peau du dos. Maintenant je saurai que les blessures par le feu sont à la hauteur de leur réputation.  
 
On a à peine fait le tiers de la distance quand ils commencent à nous bombarder avec des sorts. Des projectiles rouges crépitants s'écrasent tout autour, projetant des mottes de terre et des cailloux dans tous les sens, pour ne pas arranger les choses. Putain mais quitte à nous manquer, ils pourraient pas le faire correctement?!

Rigel me distance de plus en plus, je ne sais pas si je vais tenir. Vu la cadence des sorts et leur allure ou du moins ce que j'en ai vu tout à l'heure, ce ne sont pas des hommes de terrain, et ils se contentent de nous canarder. Ils ne nous courent pas après. Pas vraiment. Premièrement parce qu'ils n'y sont pas habitués et qu'une vraie poursuite de leur part demande probablement de la magie : par conséquent ils ne peuvent pas nous rattraper ET nous attaquer en même temps. On a bien fait de prendre de l'avance. Deuxièmement, s'ils n'ont pas l'air très pressés de nous rencontrer en face à face, c'est sûrement qu'on a du les informer de ce que je suis, et qu'ils ne peuvent pas savoir que je suis trop épuisé pour faire grand mal pour peu qu'ils soient un minimum prudents. Les mages sont rarement connus pour leur grand courage et leur immense héroïsme. Et pour finir, ils ont sûrement vu que je n'étais pas seul, et le petit feu d'artifice de tout à l'heure les aura probablement refroidis, si je puis me permettre la formule.

Réfléchir m'aide à tenir, et tout en accélérant du mieux que je peux, je vois le couvert salvateur des arbres se rapprocher de plus en plus. Enfin je crois. Parce que ma vision est de plus en plus floue. J'ai mal. Rigel disparaît dans la pénombre, à une quinzaine de mètres de moi. Mais toujours pas de place pour un quelconque réconfort : un sort atterrit juste à ma droite, me manquant de peu. Je suis incapable de résister à l'explosion de la magie frappant le sol. Je heurte durement la terre, mon crâne cogne contre quelque chose de dur. Tout est flou. Sauf la douleur de ma poitrine et de toutes mes plaies, qui flamboie avec une clarté atroce. L'épuisement me vide de toute ma résistance. Tout tourne. La différence entre subir et endurer intègre mon cerveau. Je me rends compte trop tard que j'ai relâché mon contrôle. La magie s'échappe, se répand dans mes veines, commence même à lécher ma peau, courant sur moi avec une légèreté qui achève de me perturber. Je craque.
Un grondement de rage monte dans ma poitrine. Je me retourne dans la direction de mes agresseurs, les yeux furieux, les lèvres frémissantes de courroux. J'arme une main vengeresse. La magie commence à crépiter. Ils vont payer cet…

Une explosion retentit au-dessus de moi, suivie du crépitement furieux de flammes brûlantes. Je cligne des paupières, perdu, juste à temps pour voir une langue enflammée fondre sur nos poursuivants, silhouettes floues au milieu du nuage de poussière soulevé par les différentes salves. Je ne sais pas trop comment j'ai réussi à m'asseoir aussi facilement.

Je sens qu'on m'aide à me relever. Mon corps bouge tout seul, avançant sans que je lui demande. Rigel me soutient autant qu'elle peut, mon bras droit passé sur les épaules. L'esprit complètement embrumé, trébuchant à chaque pas, tiraillé entre la raison qui me dit d'avancer aussi vite que possible, et la sensation à l'intérieur de moi qui me hurle de faire demi-tour pour nous débarrasser une bonne fois pour toutes de ces chiens. L'ombre des feuillages et des troncs nous enveloppe soudain, fraîche et humide. L'odeur d'humus envahit mes narines. Je m'appuie sur un arbre pour ne pas tomber lorsque Rigel me lâche pour récupérer ses grimoires, posés sur le sol terreux. Elle se remet à courir, je la suis, et nous nous enfonçons dans le couvert de la forêt. Le souffle court, j'avance les dents serrés, me concentrant pour ne pas tomber. Nous avançons au hasard, zigzagant entre les troncs sombres qui font remonter à ma conscience de vieux souvenirs sans que je le demande. Ma prise sur moi-même est limitée, il ne me reste que la volonté d'avancer pour ne pas la perdre de vue.

Elle s'arrête brusquement pour éviter de basculer dans le vide. Je parviens de justesse à freiner. Ce n'est pas un aplomb, c'est juste un talus extrêmement pentu, mais le dévaler tête la première ne doit pas être agréable. Nous bifurquons, longeant la soudaine déclivité du terrain qui s'avère trop forte pour être descendue dans notre condition. Je suis pris de vertiges.
Et puis soudain, un chant d'oiseau se fait entendre, juste au-dessus de nous. Il fallait bien notre poisse à tous les deux réunis pour que ça tombe sur celui-ci.

- Coucou! Coucou!


Rigel sursaute. Sursauter en courant n'est jamais une bonne idée. Elle perd l'équilibre. J'essaie de la retenir, mais glisse. Je tombe le premier et commence à débarouler la pente. Le bruit sourd derrière moi m'indique que Rigel est dans la même situation que moi, et qu'elle suit de près. Je vais souffrir à l'atterrissage.

Comme je le pensais tout à l'heure, la descente est très désagréable. Mon corps rebondit comme une pierre, heurtant dans sa course différentes roches affleurantes. Je me sens prendre de la vitesse, ballotter comme un vulgaire objet, totalement impuissant quand à l'issue de cette chute. Finalement, alors que je commence à avoir des étoiles devant les yeux à force que ma tête soit frappée contre la terre, j'atterris en plein dans un tas de feuilles, qui amortit un peu le choc. Mais la vitesse fait que je me retrouve enfoui sous les végétaux, et que mon crâne se cogne encore. Tout commence à disparaître. Deuxième choc, j'ai le souffle coupé. Tout est noir.
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MessagePosté le: Sam 31 Juil - 17:27 (2010)    Sujet du message: L'ombre du Temps Répondre en citant

- Il serait temps de te réveiller, jeune homme.
 

Ce n'est pas normal. D'où vient cette voix? Qui est-ce? Ri… Rigel était juste là, nous étions dans la grotte, et… Arg… j'ai mal… où suis-je… Rigel… elle… il faut que…
On me maintient au sol, je le sens. J'essaie de me débattre, mais ça ne fait qu'empirer la douleur. Mes paupières papillonnent, mais je ne vois rien. J'ai encore dans les yeux l'image de Rigel recroquevillée sur le sol, les yeux exorbités de terreur, les joues trempées de larmes, son corps qui tremble. Mes tympans vibrent encore de son cri de rejet et d'horreur. Mais la réalité semble différente, mes sens semblent m'appeler ailleurs. Pourtant je suis sûr que c'était réel, c'était même trop réel, alors pourquoi…
Un claquement retentissant me fait vibrer le tympan gauche, remplaçant dans mes oreilles les lambeaux du hurlement qui me hante. Devant mes yeux, les couleurs changent, l'horrible vision de Rigel dans la grotte, ses larmes, ses yeux tels deux puits noirs de terreur sans fond, s'effacent petit à petit. Mes sensations changent, mes perceptions sont remplacées par d'autres, moins fortes, plus communes, plus humaine. Le crépitement d'un petit feu, la lumière et les formes mouvantes des frondaisons sombres au-dessus de moi, l'empreinte cuisante sur ma joue gauche, l'odeur de la forêt, mêlée à une autre plus troublante, un parfum…
 

 

- Tu veux une autre claque ou c'est bon?
 

Le ton n'a rien d'agressif, c'est une vraie question. J'essaie de focaliser ma vision, et distingue enfin la forme de mon interlocuteur. Elle est toute proche, beaucoup trop à mon goût d'ailleurs, et même si je ne vois pas encore très net, je sens très nettement qu'elle me dévisage avec une acuité hors norme qui me donne des frissons. J'essaie de parler mais ne parvient qu'à un balbutiement peu convaincant.
 

- Admettons que ça suffira pour le moment… Tiens, bois.
 

Elle me soulève la tête, et je sens le liquide frais goutter sur mes lèvres, s'insinuer dans ma bouche, rafraîchir ma langue et glisser dans ma gorge. Ça fait un bien fou. Je me mets à boire goulûment, soulagé de ce retour à la réalité, bien qu'encore un peu confus. Lorsqu'elle me retire la gourde, je peux enfin voir clairement à qui j'ai affaire. Elle est rousse, d'un rouge flamboyant, les cheveux longs et brillants, ondoyants, avec des yeux verts qui ont quelque chose de félin. Une chose est sûre : je ne la connais pas, et elle a un don certain pour me mettre mal l'aise.
 

Une immobilité -crispée en ce qui me concerne- vient de s'installer. Elle me fixe sans ciller, et moi j'essaye de m'enfoncer dans le sol. Bon, ça ne dure pas trop longtemps, elle finit par se détourner avec un air énigmatique et amusé, et commencer à s'activer en chantonnant, manipulant divers récipients en terre cuite posés à côté d'elle. Et ça y est, mon cerveau vient de se remettre dans le bon sens. Les souvenirs des dernières vingt-quatre heures (ou plus je ne sais pas vraiment combien de temps s'est écoulé depuis que nous sommes arrivés sur la terre ferme) me reviennent. Je regarde autour de moi, un peu hébété, et aperçoit avec soulagement Rigel, étendue sous une couverture, et qui semble dormir à poings fermés. Au moins elle n'a pas été enlevée par un hibou. Bon, concentrons-nous sur les questions urgentes.
 

Je me redresse tant bien que mal sur les coudes, serrant les dents, et finit, comme on pouvait s'y attendre, par retomber lourdement sur le dos. La fille me regarde avec un rien de pitié, mais n'esquisse pas le moindre geste vers moi. Bon, ça veut dire que je suis pas près d'être assis.
 

- Qui…
 

- Mon nom est Jade. Mais ce qui serait beaucoup plus intéressant à savoir, c'est qui vous êtes, toi et ta belle endormie, et pour quelles raisons vous êtes dans un état si pitoyable… Il paraît que des mages rôdent dans la forêt… je me demande ce qu'ils peuvent bien chercher…
 

Je sens le sang se retirer de mon visage. Sur le coup, je me redresse en position assise. Elle me regarde droit dans les yeux avec un sourire inquiétant, les flammes basses du feu de camp se reflétant de manière étrange sur ses prunelles au regard aigu. Merde merde merde qu'est-ce que je fais? Je peux pas fuir comme ça, elle a l'air bien trop dangereuse avec son air sournois et en plus il faudrait d'abord réveiller Rigel et… aaaaaaaaaarg je vais pas la tuer quand même???? De toutes manière j'en suis pas capable, même si je le voulais je pourrais pas faire de mal à à à à … à un coucou et et et… Oh aie aie aie mais pourquoi faut-il que ça me tombe toujours dessus comme ça???
 

Et là… Elle se met à pouffer de rire, avec un air de gamine. Elle se fout de ma poire. Beuuuuuh… Pris au dépourvu, je continue à la regarder avec des yeux ronds.
 

- Non, je ne veux pas savoir, et pour être honnête, je m'en fiche. J'ai mis du baume sur tes blessures, normalement après une bonne nuit de sommeil tu devrais être soulagé. Je me suis aussi permis de m'occuper de la tête de ta compagne.
 

Désolé, mais question tête, je crois qu’elle ne l’a plus entière et qu’il n’y a plus grand-chose à faire… Hum, désolé…
 

- Tu as faim peut-être ?
 

Elle me tend un bol rempli d'une bouillie fumante, avec une cuillère. Même si je n'ai aucune idée de ce que c'est, la simple odeur de la nourriture emplie ma bouche de salive. Mon estomac approuve d'un grognement prononcé. Je tends la main pour prendre le bol. Au moment où mes doigts le touchent, elle le ramène finalement vers elle, l'air soudain glacial. Je me retrouve figé le bras tendu et la bouche grande ouverte. Elle me dévisage un instant puis se remet à pouffer de rire tout en mettant le récipient dans ma main. Par tous les dieux, elle est folle!! Ça se fait pas ce genre de choses!!!! Je lui lance un regard noir, ayant laissé mon sens de l'humour un peu plus en amont dans la forêt, et me met à manger, avec suspicion d'abord, puis avec appétit. Un silence presque léger s'installe, plein des craquements de la forêt, des murmures du vent, et du crépitement des flammes.
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MessagePosté le: Sam 31 Juil - 17:34 (2010)    Sujet du message: L'ombre du Temps Répondre en citant

J'ai presque fini le gruau - aux ingrédients toujours inconnus - et je me rends compte que je suis encore épuisé. Je me retiens au dernier moment de m'étirer, sauvant mes membres meurtris d'une nouvelle épreuve douloureuse. J'examine un de mes biceps. C'est vraiment pas beau à voir. En plus de la brûlure, il y a maintenant une sorte de substance jaunâtre transparente, pas très ragoûtante. Je ne sais pas si je dois être heureux ou non d'avoir ce truc sur moi. Ça sent les plantes. Elle me tend un nouveau bol fumant, que je pose à côté de moi, à l’intention de Rigel quand elle sera réveillée, n’ayant de toute façon moi-même plus faim du tout. Mais ayant surpris mon expression :


- En temps normal, mes onguents ne sont pas mortels… dit-t-elle d'un ton léger mais paradoxalement lourd de sous-entendus.


Je tourne brusquement la tête vers elle


- Comment ça "en temps normal"??


Bouffée d'inquiétude. Oh la la. Oh la la. Ciel qu'est-ce qu'elle m'a tartiné dessus?!
Ses yeux pétillent de nouveau, et elle se remet à ricaner derrière sa main. Je remarque, détail étrange, qu'elle a des épaulettes de cuir cousues sur sa robe. Mes sourcils s'affaissent. En voyant ma tête, elle se marre encore plus. Elle se fout encore complètement de ma poire. Je sens que je vais bientôt être complètement blasé. Vous m'direz, c'est toujours mieux que de paniquer en permanence. Je prends une grande bouffée d'air, finis de racler le fond du bol, et pose ce dernier devant moi. Bon, il faut relativiser Gab, cette fille est tarée, mais au moins, elle nous aura aidés, et elle a pas l'air méchante.


Tandis qu'elle continue à rire toute seule, je lève les yeux au ciel, et commence à faire un rapide inventaire. Rigel, c'est bon, elle est là, c'est elle, c'est bien elle, elle est en vie, et je ne doute pas qu'elle sera d'une humeur massacrante au réveil (oh, rien qu'une intuition, comme ça…). Son sac est à côté d'elle, ça aussi c'est bon. Sa pile de bouquins (Mais pourquoi est-ce qu'elle s'entête à se trimballer cette gêne? Rah je comprends pas…) est posée à quelques pas d'elle, et à part quelques pages froissées, tout est ok, le compte est bon. Mon sac est lui aussi encore là - même s'il est grand ouvert et qu'il est clair que notre étrange compagne a allègrement fouillé dedans - et après un rapide examen se révèle être complet. Bon, c'est déjà ça. Si on arrive à tenir jusqu'à un village, et qu'on parvient à se mêler à la population, on a une chance de leur échapper. Pour la suite, je n'ai pas encore eu le temps d'y réfléchir. Je ne sais pas trop où est-ce qu'on pourrait être à l'abri.


Un bruissement de plumes se fait entendre. Je relève immédiatement la tête, empli d'un espoir soudain. Mais, premièrement, il ne s'agit absolument pas d'Eldin, et pour ne pas arranger les choses… arg, mais pourquoi tant de haine… -_-
Un énorme hibou se tient sur son épaule gauche, ses serres plantées dans le cuir de l'épaulette, dont la présence est soudain expliquée. Ses immenses yeux orange me toisent en silence. Sa maîtresse, de nouveau calme et énigmatique, est tout à fait immobile, et suit le regard de son animal, braquant le sien sur moi. C'est presque effrayant la rapidité avec laquelle elle passe de la dérision au sérieux. Elle a quelque chose de bizarre, et qui me semble familier. De la magie peut-être? Probablement. Je soutiens le double regard. Je pense à Eldin. Je ne dois pas m'inquiéter, il reviendra. Il revient toujours. J'ai traversé en coupant les courants aériens, lui a du les suivre, c'est pour ça qu'il n'est pas là. Mais je sais qu'il me retrouvera. Je lui fais confiance. S'il a pu me suivre jusque sur ce cailloux maudit, il saura nous retrouver n'importe où je pense… Surtout qu'avec Rigel, ça risque d'être encore plus bruyant que d'habitude…


Je me sens plus calme, plus maître de moi. À l'intérieur, je sens la magie qui se reconstitue, lentement, laborieusement. Ma première Limite sera bientôt verrouillée. Dès demain, je devrais pouvoir être à nouveau complètement maître de moi-même. Et la nuit prochaine, j'aurais récupéré la majeure partie de mes forces. Ou au moins après-demain. Mais là je dérive. Dans l'immédiat, il faut faire disparaître ce hibou avant qu'il ne hulule et/ou que Rigel se réveille.


- Euh… Ce serait possible de demander à l'oiseau de partir? Sans faire de bruit?


J'ai tout à fait conscience d'être impoli et ridicule à la fois, mais si Rigel se réveille avec ça à côté, elle va faire un massacre, je le sais, j'en suis sûr -_-
Son regard change, elle jette un coup d'œil étonné à son animal, se tourne à nouveau vers moi, sans comprendre. J'ajoute avec un sourire contrit :


- S'il vous plait. Désolé, je sais ce que c'est… Je suis moi-même accompagné d'un compagnon à plumes…



- Et il n'est pas avec toi?


Pendant qu'elle parle, ses yeux de panthère braqués sur moi, son énorme volatile s'envole et disparaît dans les ténèbres de la forêt.


- … Non. Nous sommes arrivés par la mer un peu à l'improviste, et il a sûrement préféré suivre les courants aériens…



- Et il ne pouvait pas se poser avec vous sur le bateau?


Bateau? Pour quoi faire un ba… Ah. Oui. C'est vrai. J'avais oublié. Les gens normaux prennent des bateaux pour traverser les étendues d'eau. Misère…


- Ahum… Non. C'est un peu compliqué à vrai dire… Mais, vous, qu'est-ce que vous faites seule dans la forêt?


Elle prend un air vexé.


- Je ne suis pas seule, je suis avec Arod. Enfin, quand tu ne demandes pas qu'il parte…


Arg, ça y est je vais culpabiliser… ça doit se voir parce qu'elle se remet à rire. J'en ai marre, elle est pire que Rigel… Oui, même Rigel s'impose des quotas. Ça commence à bien faire --_--  Bon, passons, il faut que je sache certaines choses…


- Où est-ce que…


Un sourire se dessine sur ses lèvres, ses yeux brillent d'amusement.


- Je crois bien que ton amie est réveillée…


Que…

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Dernière édition par Kahyli'na le Dim 1 Aoû - 23:32 (2010); édité 1 fois
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MessagePosté le: Dim 1 Aoû - 23:26 (2010)    Sujet du message: L'ombre du Temps Répondre en citant

J'ai à peine le temps de réagir. Mouvement d'air sur ma droite. Réflexe. À défaut d'attraper l'énorme grimoire, je le pare avec l'avant-bras. L'ouvrage retombe avec un bruit étouffé sur le sol couvert de feuilles. Aie. Ça fait mal. Je me tourne vers Rigel, qui est en effet réveillée, toujours allongée par terre et… … et attends une minute papillon… comment est-ce que… COMMENT EST-CE QU'ELLE A PU ME BALANCER UN BOUQUIN À LA GUEULE SANS SE DÉPLACER, ET EN SACHANT QU'IL N'EN MANQUE PAS DANS LA PILE?!?!?!?! Mon regard se braque vers son sac désormais entrouvert, et d'où dépasse l'angle d'un autre livre. Putain, voilà pourquoi c'était si lourd! Non mais je rêve!! Elle est complètement inconsciente ou quoi?!? Est-ce qu'elle se rend compte que… Non mais Gab, reviens sur terre, bien sûr qu'elle est totalement inconsciente, et bien évidemment que non, elle ne se rend pas compte, c'est de Rigel dont on parle là -- --
Je lui jette un regard lourd de reproches.


- Dans ton sac… t'en avais rajouté dans ton sac… Rigel!!


Mais je me prends un vent (quelle ironie…), c'est à peine si elle m'accorde un regard désintéressé. Non, en fait, elle a les yeux rivés sur Jade, l'air furibond, tandis que cette dernière sourit d'une manière un rien provocante.


- C'est qui cette grognasse?!


Je marque une pause. Je sais qu’il n’est pas inhabituel que Rigel soit de mauvais poil et déteste les gens sans raison, et même les deux en même temps, mais je ne peux pas m’empêcher de chercher des justifications valables. Je vais bien finir par trouver quelque chose… Y a toujours quelque chose à trouver si on cherche bien…


- C'est Jade, elle nous a aidés.


Elle se renfrogne encore plus. Bon, coupons court avant qu’elle ne se rende compte que son regard ne suffit pas à trouer l’autre, et qu’elle ne décide d’user de moyens plus efficaces. Je lui tends son bol encore chaud.


- T’as faim ?


Au moins j’ai trouvé un truc qui marche à peu près à tous les coups. Elle me fusille des yeux, et après un regard suspicieux prolongé pour son dîner, il s’avère qu’elle a trop faim pour faire la fine bouche (et puis quand même, zut quoi, je lui proposerais pas un truc empoisonné… enfin j’espère pas quoi…). Elle continue toute fois à jeter des regards incendiaires à la ronde. Malgré son allure ébouriffée et son teint pâle, je ne peux pas m’empêcher de la trouver belle. Oui, je sais, cette réflexion n’a rien à faire là, mais j’men fous je pense ce que je veux, que ça vous chante ou non. … … Et puis d’abord… à qui est-ce que je parle? ça y est, je suis en train de devenir taré… … J’ai mal à la tête…


La voix de Jade me tire de ma contemplation, manquant me faire sursauter. Cette fille a décidemment quelque chose de dérangeant…


- Tu ferais mieux de dormir si tu veux être sur pieds demain. Bonne nuit.


Elle jette un dernier regard brillant de jubilation vers Rigel, puis nous tourne le dos et s’enroule dans ses couvertures, sur un ultime soupir. Le feu continue de crépiter paresseusement, jetant sa lueur frêle et ondulante sur notre petit campement précaire. Rigel fixe avec une hargne toute à elle la silhouette immobile de notre « hôte », et je ne serais qu’à moitié étonné de la voir lui tirer la langue. Je me rapproche, m’assoit à son côté, pose plus loin son bol déjà vide. Elle me scrute quelques secondes, les yeux plissés, la bouche arborant une moue bizarre. Puis elle se tourne d’un bloc sur le flanc, me tournant le dos, et se met à grommeler entre ses dents.


… Ok. Mais qu’est-ce qu’il lui arrive ?! Je m’allonge contre elle et demande doucement :


- Qu’est-ce qu’y a ?



- Groumph, me répond-elle avec un signe de tête dans une direction indéterminée.


Gné ?


- Hein ?



- Groumph !



- Désolé, j’ai toujours pas saisi…


Cette fois-ci, son mouvement de tête est plus appuyé (et accompagné d’une sorte de grognement articulé qui, retranscrit, donnerait quelque chose comme « groum-pheuh » , c’est un petit peu bizarre…) et je parviens à comprendre qu’elle me montre Jade. Au passage j'ai droit au regard spécial pour moi du "t'as vraiment le Q.I d'un concombre de mer ou quoi?".


- Qu’est-ce qu’elle a ? Elle est pas méchante, et c’est grâce à elle si on a pu manger ce soir, et avec une couverture sur le dos…



- Et bah si elle te plaît tellement, t’as qu’à allez pioncer avec elle !!!


Elle rentre la tête dans les épaules avec un air buté (oui, même sans voir son visage, je sais qu’elle a un air buté). Les sourcils levés, je reste un moment silencieux, interdit, ne comprenant pas très bien où est-ce qu’il y a eu une erreur. Puis, ne trouvant pas de logique à cette surréaction, je me contente juste de rétablir simplement la vérité :


- Je n’ai jamais dit qu’elle me plaisait, et c’est avec toi que j’ai envie d’être.



- … … groumph…


Je ne peux pas m’empêcher de sourire. Faisant du mieux que je peux pour ne pas me faire mal (j’ai la nette impression d’être en sucre depuis quelques temps…), je me mets sur le côté pour la prendre dans mes bras. Mais au moment où je la touche, elle me repousse avec un nouveau groumph boudeur. Rah mais c’est pas vrai, c’est pas bientôt fini oui ?! Si tu crois que ça va se passer comme ça, tu te plantes ma jolie. Que tu sois hystérique, j’ai pris l’habitude, que tu me prennes souvent pour je sais pas quoi, pourquoi pas, que tu sois capricieuse, passe encore, que tu boudes, c’est une chose, mais que tu me fasses la gueule alors que j’ai rien fait, à cause d’une fille que je sais pas ce que tu lui trouves pour en faire tout un plat comme ça, alors là, non. … … Enfin c’est bien beau ce que je dis là moi, mais encore faudrait-il trouver quelque chose à faire… Je suis fatigué en plus…


Je m’approche doucement et l’embrasse dans le coup. Elle se détend, et je peux enfin passer mes bras autour d’elle. Je niche mon visage dans ses cheveux. Mais même si sa présence me fait du bien et me réconforte… et bien… la tension reste, la réalité ne s’efface pas. J’ai l’impression d’étouffer.
La fuite. C’est un sentiment que j’ai déjà éprouvé au cours de ma vie, régulièrement même, mais… la c’est différent. Là je fuis plus que de simples souvenirs, plus que de simples sentiments, plus que de simples vérités. C’est une fuite physique. Et dont les enjeux sont lourds, extrêmement lourds pour moi. C’est un jeu de chats et de souris. En cas de défaite… je la perds non seulement elle, mais également tout le reste. Ils ne me pardonneront pas cet écart-ci. Plus le temps passe et plus j’en suis persuadé. En cas d’échec, ce sera le grand plongeon, la chute vertigineuse aux enfers, sur tous les plans. Cette simple éventualité m’écrase complètement.


Je ressers mon étreinte sur elle, l’embrasse à nouveau. J’inspire profondément, comme pour m’emplir d’elle. Je ne pensais pas un jour m’attacher autant à un être humain après ce que j’ai pu vivre. J’utilise le passé parce que je compte vivre les choses différemment désormais. En tout cas, je n’ose même pas imaginer l’éventualité qu’elle me rejette. Qu’elle me rejette parce qu’elle ne m’aime plus, simplement. Pourtant ce serait somme toute plutôt banal. Mais je n’ai pas eu la vie normale et heureuse dont on peut rêver. La moindre grappe de bonheur vaut plus que de l’or. Perdre ce qui nous est cher pour des raisons aussi ordinaires quand on côtoie des extrêmes… non, c’est trop douloureux, beaucoup trop. Le poids sur mes épaules se fait plus lourd encore. Je me sens broyé par cette nécessité de fuir tout en sachant que peut-être cela ne rime à rien. J’ai peur. De manière mordante. Comme cela n’a plus été le cas depuis longtemps. J’ai envie de lui dire que je l’aime, et pourtant, je ne le fais pas. Je ne veux pas la perdre. Quand on vit une fois la perte, il n’y a rien pour décrire la terreur du manque qui s’en suit.


Mais paradoxalement, elle est là, dans mes bras, et je ne peux pas m’empêcher de ressentir du bonheur. Même si c’est différent de la première fois, où elle était en sécurité, et où j’avais ressenti un calme immense m’envahir. J’ai l’impression d’être perdu et de suivre une flamme dans le noir. Mais Rigel, ce n’est pas une flamme, c’est un brasier tout entier. Je ferme les yeux, je me laisse absorber par sa chaleur.
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MessagePosté le: Dim 22 Aoû - 14:05 (2010)    Sujet du message: L'ombre du Temps Répondre en citant

Le chant d’un oiseau me réveille. Je cligne des paupières. Une pénombre dorée filtre à travers les frondaisons. J’ai des courbatures un peu partout. J’ai faim. La couverture est toute imbibée de l’humidité de la nuit, et je suis gelé. Enfin, sur l’extérieur seulement. J’ouvre tout à fait les yeux. Mes bras sont toujours passés autour d’elle, et la situation laisse à penser que je sers de couverture. Des taches de lumières jouent sur sa peau hâlée. Elle dort encore à poings fermés. Elle a presque l’air innocente et inoffensive comme ça. … Comme quoi les apparences sont trompeuses hein ? Oh la la, que je suis heureux qu’elle ne lise pas dans les pensées…


Il n’y a aucun bruit de présence humaine en dehors de nos respirations. Tout doucement, je tourne la tête le plus possible pour voir où est notre mystérieuse infirmière (j’ai déjà oublié son nom… … … ah non, c’est Jade… en tout cas ses trucs ont l’air efficaces.). Mais, il s’avère très vite qu’il ne subsiste plus la moindre trace d’elle. Seuls restent les bûches noircies du feu de camp. Je me remets dans ma position initiale. Bon, et ben, à partir de maintenant, il va falloir se débrouiller sans aide…


Alors alors… on va commencer par réunir les affaires, ce qui ne devrait pas prendre trop de temps, manger, et déterminer dans quelle direction il nous faut aller. Ensuite j’expliquerai à Rigel notre destination. J’ai bien réfléchi à la question pendant la nuit (oui, je réfléchis la nuit, ça pose un problème ?) et, les possibilités étant de toutes manières plutôt restreintes, un lieu a fini par s’imposer. Ça va pas être de la tarte.

Le plus doucement et le plus silencieusement possible, je m’écarte de ma compagne endormie et commence à me redresser (ça fait encore mal, mais rien d’insurmontable désormais). Elle se retourne d’un bloc, je sursaute.


- Oùtuvas ?


Avec la même lenteur je me rallonge.


- Nulle part.


Oh la la la la mais pourquoi est-ce qu’elle est aussi violente dès le réveil ? Je vais finir par clamser d’un arrêt cardiaque à ce rythme-là… Je repasse mes bras autour d’elle. Ses grands yeux sombres me fixent.


- Elle est partie. Déclaré-je avant de l’embrasser.


Je ne suis toujours pas très sûr de pourquoi elle semblait tant la détester. Mais qu’importe. Nous restons un moment ainsi enlacés. Les pensées tourbillonnent dans ma tête, grises et noires, maelström insidieux. Je finis par m’asseoir, et après avoir fouillé dans mon sac, lui tends un gros morceau de pain.


- On mange et ensuite on se prépare à partir.


Elle acquiesce d’un signe de tête. Je me mets à manger ma part tout en la regardant. J’ai tué un homme. Je n’arrive pas à le réaliser. Et je sens que c’est à cause de ce poids qui m’écrase, et qui me pousse à courir à perdre haleine, droit devant, qui m’empêche de regarder en arrière. Fuir. FUIR. Comme si ce mot essayant de s’imprimer dans mon essence même, tentait de monopoliser chaque fibre de mon être. Effaçant tout le reste, tentant d’étouffer jusqu’à la culpabilité, ne laissant que la peur. Les peurs. J’en ai la poitrine oppressée. J’ai l’impression de ne plus respirer vraiment. Si elle n’était pas là, je crois que j’étoufferais littéralement. … Si elle n’était pas là…


La vision dans la grotte me revient. Ma gorge se serre. Je jette un regard dégoûté à mon petit-déjeuner et le remets dans le sac. Je ne veux pas qu’elle soit obligée de vivre en fuyant, tout ça parce qu’elle est avec moi. J’ai vécu en captivité pour ainsi dire toute ma vie, et je refuse qu’elle se prive de liberté. Encore moins en fuyant alors qu’elle n’y est pas obligée.
Je ne veux pas qu’elle se sente écrasée comme je le suis. Ce sentiment emplit le peu d’espace qui reste en moi.


Plus je la regarde et plus ça empire. Je ferme les yeux. Le poids dans ma poitrine et sur mes épaules est toujours là.
Bon, Gab, dis-lui les choses simplement. Tu veux la protéger non ? Alors fais ce qu’il faut pour.


Est-ce que j’ai vraiment le droit de l’avoir ? Sans même parler de la mériter – parce que je sais pertinemment que je ne la mérite pas, est-ce que j’ai le droit de la garder avec moi en étant conscient du fait que cela la met en danger et va l’empêcher de goûter à une vie plus… normale, paisible, heureuse ? Est-ce que je suis capable de sacrifier sciemment sa liberté à elle, parce que moi je n’en ai pas ? Non. Je ne veux pas la rendre malheureuse. Je ne veux pas qu’il lui arrive du mal. Et je sais qu’ils sont capables de s’en prendre à elle. Je sais trop bien de quoi ils sont capables.


Elle est en train de vérifier que tous ses grimoires sont encore là et essaie d’en faire tenir un supplémentaire dans son sac. Ses cheveux lui tombent devant le visage. Elle fronce les sourcils, concentrée, et déterminée à parvenir à ses fins, malgré la résistance toute aussi bornée de son sac plein à craquer. Sur son front, l’entaille a déjà commencé à cicatriser. Ses vêtements sont couverts de taches de sang séchés. Ses mains s’affairent avec souplesse. Elles sont petites, ses mains, toutes petites. Je me souviens m’être déjà fait la réflexion qu’on dirait des mains d’enfant.
Elles paraissent si fragiles dans les miennes…
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MessagePosté le: Dim 22 Aoû - 14:10 (2010)    Sujet du message: L'ombre du Temps Répondre en citant


http://www.youtube.com/watch?v=rKOp5WTRhns


- Rigel…

Elle redresse la tête. Ses cheveux caressent sa joue.

- Oui ?

- Je…


J’essaie de me fermer, comme j’en ai l’habitude. Mais… je ne sais pas, la fatigue, la faiblesse physique peut-être, font que je n’y parviens pas. Elle me regarde droit dans les yeux, et cela m’empêche de mentir, de me cacher, de fuir. De tricher sur la vérité, cette vérité à l’intérieur de moi. Je peux me mentir à moi-même, mais pas à elle, pas quand elle me regarde comme ça. Je sens ma conviction vaciller. Pourtant c’est vrai : elle est en danger si elle reste avec moi.

- Je pense que… que dès que nous aurons atteint une ville, nous… nous devrions nous… nous devrions nous séparer.


Elle lâche son sac et se tourne tout à fait vers moi. Ses yeux semblent s’agrandirent, comme deux puits sans fonds voulant aspirer ma réalité, et les mots que je viens de prononcer. Mots que d’ailleurs je regrette déjà.

Ses yeux… Si sombres. Si noirs. Si vivants. Si brûlants. Chaque fois qu’elle me fixe au fond des yeux, j’ai l’impression de brûler sous son regard. Pourtant, j’ai toujours eu l’impression d’être gelé à l’intérieur, d’être comme une statue, froid, semblable à l’extérieur, mais au fond différent, exclu. Avec elle ce n’est pas le cas. Son feu intérieur me brûle tout entier. Comme si je changeais et n’étais plus le même. Comme si elle était capable de tout changer. Juste en étant là. Juste parce qu’elle est elle. Et j’ai l’impression de ne plus être « moi » chaque fois que je plonge dans ses prunelles brunes. Comme si je pouvais devenir quelqu’un d’autre que ce pantin qui fuit sa race, accepte toutes les chaînes, et garde en lui une haine maudite. Comme si soudain je m’approchais d’une évidence, d’une libération. Comme s’il m’apparaissait clairement, peu à peu, que j’ai la possibilité de relever définitivement la tête. C’est comme un appel qui agrippe tout mon être, c’est indescriptible, je ne pourrais même pas l’expliquer. Ça me rappelle chaque fois que je l’aime, et à quel point j’ai besoin d’elle, que cela me plaise ou non.

Mais quand elle pleure, c’est différent, tout s’écroule. Le monde s’effrite, s’assombrit. La chaîne ancrée dans ma poitrine devient douloureuse, et j’ai l’impression que le tonnerre va retentir d’un moment à l’autre. Oui, quand ses yeux se remplissent de larmes, le ciel me tombe sur les épaules, et je ne peux rien faire pour lutter contre le sentiment d’urgence, de panique et d’horreur mêlées qui monte dans ma gorge. Parce que c’est comme si ses larmes allaient éteindre ses flammes, ce brasier qui éclaire tout autour d’elle depuis le fond de son regard. Comme si sa douleur, sa détresse, son chagrin, avaient la capacité de la détruire. De me détruire. Et cette perspective, ce sentiment de perte qui me gifle chaque fois, je ne peux pas le supporter.

Je sens toute couleur se retirer de mon visage tandis qu’elle se met à sangloter. L’espace d’un instant je ne réagis pas, je la regarde, pris de cours. Je passe à deux doigts de me poser la question « Pourquoi elle réagit comme ça ? Pourquoi ?! ». Mais je ne m’abaisse pas à ça. Tu sais très bien pourquoi elle pleure, Gabriel. Tu le sais très bien. Ne fais pas comme si ce n’était pas le cas.
Elle se met à déblatérer des phrases que je ne parviens pas à comprendre, au milieu de ses pleurs. Je tends un bras vers elle, perdu. Je ne sais pas quoi faire, je ne sais plus quoi faire. Je sens ma gorge se serrer, mes mains deviennent moites.

- Rigel ! Rigel, non, s’il te plaît… Non, arrête… Rigel…


Elle larmoie de plus belle. Je sens ma conviction s’éroder aussi vite que de la craie sous un torrent, tandis que les dernières poussières de ma volonté s’envolent. Je ne suis qu’un imbécile. Un sombre crétin. Mais comment est-ce que je peux seulement trouver normal de lui dire que je vais la laisser toute seule ?! Ce n’était pas toi, il y a de ça à peine quelques heures, Gabriel Oeldarn, qui t’étais promis de ne même plus songer seulement à l’abandonner ?! C’était pas toi qui étais censé rester avec elle et la protéger !? Comment veux-tu la protéger, lui permettre d’apprendre ce qu’elle doit savoir, si tu t’en vas ? Tu crois qu’elle tiendrait combien de temps toute seule, sans argent, sans toit, sans rien ? T’as déjà oublié que même si elle joue toujours à la dure, la réalité est différente ? Il faut qu’elle pleure pour te le rappeler ?! Pour te rappeler que c’est à toi de prendre soin d’elle ?! Et que tu n’as en aucun cas le droit de te défiler !?

Je la prends dans mes bras et la serre contre moi, lui murmurant de se calmer, chuchotant des paroles apaisantes, caressant ses cheveux. Voyant qu’elle ne se calme pas vraiment, je prends son visage entre mes mains et l’embrasse. J’aurais envie de lui enlever toute sa douleur, de voir disparaître tout son tourment. Je sens sur ses lèvres que ces larmes découlent aussi de toute cette pression accumulée durant les dernières quarante-huit heures, du fardeau de tout ce qui est arrivé. Un poids dont je sais qu’elle n’arrivera pas à se défaire sans accroc, ou simplement avec des mots, facilement. Parce que c’est Rigel, et qu’elle ne regarde pas en face les réalités qui lui font trop mal. Comment sinon aurait-elle pu envisager sérieusement de détruire l’Académie pour s’enfuir, en occultant tout à part son désir de partir et d’extérioriser sa colère ? Non, bien sûr que non elle ne va pas parler du fait que nous avons tué deux personnes, même s’ils essayaient de faire la même chose pour nous. Non elle ne va pas me parler du fait qu’elle est partie avec moi, sans avoir vraiment eu le temps d’y réfléchir avant, en laissant ses amis derrière elle, et tout ce qu’elle connaissait. Parce que même si je crois en cette joie qu’elle exprime d’avoir retrouvé la « liberté » en laissant derrière elle sa prison, il me semble peu probable qu’elle soit si ravie que ça de les avoir laissés eux. Par-dessus tout ça se rajoute le fait d’avoir du me brûler à vif pour éviter que je ne me vide de mon sang, l’attaque des mages hier, Jade…

Et je m’étonne de la voir fondre en larmes quand je lui annonce qu’elle va se retrouver complètement seule. Seule pour porter tout ça, et seule pour affronter un monde dont elle ne connaît pour ainsi dire rien.

Si je le pouvais, je porterai ça tout seul, je te le jure…
Elle se calme un peu. La respiration saccadée, elle se blottit contre moi tandis que je continue à caresser ses cheveux.
Même si elle pleure toujours, elle arrive à se reprendre assez pour redevenir intelligible :

- Tu veux partir avec l’autre pétasse c’est ça hein?!?!


Sa voix mouillée de sanglots et ses mots me font l’effet d’un nouveau coup de poing dans le ventre, que j’encaisse sans broncher. Est-ce que je suis donc immonde à ce point pour lui avoir laissé penser ça ?
La joue toujours contre mon torse, elle s’accroche à mes épaules, enfonçant douloureusement ses doigts à travers les restes de ma chemise. Je fais de gros efforts pour garder une respiration calme et posée, profonde. Je sens sa poitrine frêle hoqueter contre moi, je ressens les vibrations de ses sanglots étouffés. Le chagrin s’approche de moi. Je ferme la porte. Je n’ai pas le droit de souffrir alors que c’est moi qui lui fais du mal.

Je lui soulève du doigt le menton, et regarde sans ciller dans ses yeux embués de larmes. Je ne veux pas qu’elle souffre. Je l’aime. Elle, et pas une autre.

- Non, c’est pas ça. Ce n’est pas du tout ça, elle n’a rien à voir là-dedans, oublie-là, elle n’a aucune importance. Il n’y a que toi qui compte.


Son visage se crispe sous l’effet de la colère et de la peine.

- Alors pourquoi tu veux qu’on se quitte !!!! - …


J’ouvre la bouche, puis la referme. Elle me fusille du regard à travers l’eau pure de ses prunelles d’ébène. La peur qu’ils lui fassent du mal flamboie encore, mais étouffée, plus distante, noyée derrière ces larmes qui ne m’appartiennent pas mais qui m’emplissent aussi surement que si c’était le cas.

« Tu aurais du partir, Bihel. C’est ta faute si elle est morte. »


La tenant toujours contre moi, j’enfouis mon visage dans le creux de son cou, empêchant la lumière d’atteindre mes yeux, inspirant son odeur mêlée à celle du sang et de la terre. Je sais que la situation est différente. Je ne dois pas le laisser me contrôler. Mais s’il lui arrivait quoi que ce soit… Si ils…
Je serre les poings.

Mais après tout, ils ne sont pas là, pas encore. Peut-être même ne nous trouveront-ils pas. Peut-être que je dramatise. Peut-être qu’on a plus de chances que je ne le crois. Après tout, jamais je n’aurais pensé me retrouver ici, dans cette situation. Avec elle.

- Je ne veux pas que tu aies à fuir et risquer ta vie alors que tu n’y es pas obligée. C’est… dangereux, de rester avec moi. Alors… Je te donne juste le choix. Je veux que tu saches que même si maintenant tu choisis de rester, tu es libre de changer d’avis, que je comprendrai, si tu décidais de t’en aller. Tu mérites mieux, Rigel. … ... Je te donne le choix...


C’est plus juste, je suppose. Mais je veux juste que tu puisses être heureuse.

Elle se calme tout à fait, s’écarte de moi, se met debout.

- D’accord. On y va ?


… En d’autres circonstances, j’aurais presque souri. Là j’avoue que ça me désespère un tout petit peu. Mais va bien falloir que je m’y habitue, c’est Rigel. Tant qu’on lui donne ce qu’elle veut, ou qu’elle peut commander, ça lui va. Et en l’occurrence… ça me va aussi. Elle reste. Elle reste avec moi. Même si je ne le devrais peut-être pas, je m’en sens soulagé. Parce que si elle partait, même si je le comprendrais, je n’en souffrirais pas moins.
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MessagePosté le: Dim 29 Aoû - 00:36 (2010)    Sujet du message: L'ombre du Temps Répondre en citant

- Bon, là c'est l'Académie, là c'est la frontière entre les terres des orcs et la Côte Est… là c'est le Néar, là c'est le Doltor…

Nous sommes tous les deux penchés au-dessus de la grossière carte de Dolrim que j'ai tracée avec une branche dans la terre humide du sous-bois, à l'emplacement où nous avons trouvé deux pots d'onguent il y a quelques minutes de cela alors que nous allions partir. J'avoue que je ne m'attendais pas à ce genre de cadeau de la part de notre mystérieuse infirmière d'hier soir. Mais on va pas craché dessus hein, même si ça plait que moyennement à Rigel… parce que je sens que mes brûlures vont m'élancer pendant encore un bon moment…

- À vue de nez, vu les vents pendant la traversée et le relief, on doit être… à peu près ici.


Je fais une marque avec mon bâton. Je redresse la tête vers elle pour vérifier qu'elle suit bien et qu'elle écoute. Je sais bien qu'on leur a inculquer des notions de géographie général à l'Académie mais rien de suffisant pour se repérer vraiment une fois sur le terrain. Moi en revanche, on m'a permis de suivre des leçons approfondie sur le sujet (enfin je me suis invité dans les salles de classe l'air de rien, nuance…), et j'ai déjà été trimballé à travers tout le continent assez de fois pour avoir des repères assez solides. Vu notre situation, on a pas trente-six mille destinations où aller, et il faut qu'on soit bien d'accord sur l'endroit où on va, histoire de pas se perdre, et au cas où on serait séparé pour une raison ou une autre, même si je préférerais réellement éviter ce cas de figure.

- Bon, alors notre objectif actuel, c'est de rallier le village le plus proche, puis la ville la plus proche histoire de pouvoir s'équiper comme il faut et de se fondre dans la masse. Mais notre but à long terme sera de rejoindre le Néar. Néaranda pour être précis. Parce que là-bas, ils sont neutres, ce qui fait que le Kardum y a une influence plutôt limitée. Aux dernières nouvelles, l'Alliance de Danha était même en mauvais termes avec eux, et il est bien connu que le Néar essaie d'enrôler des forces magique, ce que s'efforce d'empêcher le Doltor tout entier. Donc si on arrive à aller là-bas, on aura une chance d'avoir la paix. Et dans le cas où ils nous poursuivraient quand même, on pourra toujours demander à s'arranger avec le Sénat pour obtenir une protection diplomatique. Mais ça, vaut mieux ne le faire qu'en dernier recours.


Elle hoche la tête, me signifiant que je peux continuer.

- Le moyen le plus sûr d'arriver là-bas serait par la voie des eaux. Je propose qu'on descende vers le sud en restant assez éloignés de la côte pour le moment, et qu'une fois arrivés près de la frontière avec Urtalath, on rejoigne le port le plus proche et qu'on embarque pour le Néar. Entre temps il faudra récupérer assez d'argent pour payer la traversée, ou sinon on devra travailler sur le bateau…


Le problème c'est que je suis pas sûr qu'un capitaine accepte Rigel en tant que mousse à son bord… mais bon, on en est pas encore là hein, occupons-nous des problèmes plus urgents…

- Si on arrive pas à trouver de bateau, on sera forcés soit de traverser Urtalath - ce qui du suicide pur et simple à mon avis - soit de passer par l'Orod et ensuite le Kardum, ce qui n'est pas beaucoup mieux. Dans tous les cas, si on est séparés il faut définir des endroits stratégiques où se retrouver.


Je passe les cinq minutes qui suivent à lui indiquer des noms de villes et leurs principales caractéristiques et à m'assurer qu'elle retient l'essentiel. Je suis moi-même étonné de me souvenir aussi bien de tout ce que j'ai pu voir et apprendre ces douze dernières années. Quand elle commence à avoir l'air énervée de mon insistance, je cesse de la harceler, et nous nous mettons en route dans la forêt. Il est encore tôt, il fait un peu frais, mais Rigel a toujours ma cape de voyage autour des épaules. Une lumière claire rendue vert pâle par les feuillages se diffuse entre les troncs. Des chants d'oiseaux invisibles nous parviennent. Je n'ai pas l'habitude de ce genre de milieu. Je n'arrive pas à me détendre. J'ai l'impression d'entendre sans cesse une brindille craquer derrière nous, des éclats de voix, le sifflement d'un sort d'immobilisation… Tous mes muscles sont contractés, j'ai des crampes partout, mes blessures me font mal. Malgré le sommeil récupéré et les onguents pourtant très efficaces de Jade, je ressens toujours une immense lassitude, autant physique que mental.

On marche un moment sans que rien de notable ne se produise. Puis, au bout d'une demi-heure environ, un bruit d'eau nous parvient, et nous ne tardons pas à tomber sur un ruisseau. Un gros ruisseau. Large de quelques mètres et apparemment assez profond. Idéal pour prendre un bain glacé.

Je me tourne vers Rigel en essayant d'avoir l'air le moins lasse possible :

- Faut qu'on se lave si on veut éviter d'attirer l'attention… Les gens couverts de sang ça fait pas bonne impression en général. Tu y vas en premier? Je t'attends là.


Je m'assois contre un arbre à quelques mètres de là, dos à l'eau, histoire de lui laisser un minimum d'intimité. Je laisse ma tête aller contre l'écorce, je ferme les yeux, je vide mes poumons, et je ne bouge plus. J'écoute. Je l'entends se déshabiller. Les lents battements de mon propre cœur résonnent à l'intérieur de mon crâne. Le léger clapotis de l'eau me berce. L'eau doit être froide, j'espère qu'elle va pas attendre qu'elle réchauffe ou quelque chose du genre. … je crois que je fatigue vraiment… et j'ai la nette impression d'avoir de plus en plus souvent ce sentiment ces derniers temps…

De longues minutes s'écoulent. Je l'entends qui fait des bruits d'eau. Je me demande si elle a encore de la famille quelque part sur le continent. D'après ce qu'elle m'a dit le lendemain de notre rencontre, elle a été abandonnée. Aurait-elle été différente si elle avait vécu avec les siens? J'ai du mal à imaginer Rigel différente de telle que je la connais. Et si elle était différente, est-ce que moi je serais tel que je suis maintenant?

La perspective d'un bain glacé me paraît de plus en plus alléchante. J'ai besoin de m'éclaircir les idées, de me réveiller. Je voudrais que cette sensation d'oppression qui m'écrase la poitrine disparaisse. Disparaisse enfin. J'ai l'impression d'avoir pris une centaine d'années depuis que je ressens cette angoisse. Je n'ai pas l'habitude d'avoir à m'inquiéter. Je n'ai pas l'habitude de devoir avoir peur pour quelqu'un d'autre. Ça m'oppresse, c'est trop d'un coup. Et j'ai tellement peur de ne pas être à la hauteur pour la protéger que ça me ronge de l'intérieur. Mais si je me plonge dans l'eau gelée et que j'essaie de tout oublier, peut-être que ça se dissipera… pour un temps au moins… mais même juste un moment serait le bienvenu…
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MessagePosté le: Jeu 2 Sep - 13:11 (2010)    Sujet du message: L'ombre du Temps Répondre en citant

Ploutch ploutch. Ploutch ploutch ploutch. Plic ploc plic ploc. Splash splash splash. Goutte goutte goutte. PLOUF.

Hmmm... hum hum... Pourquoi ai-je comme une impression d'agacement profond en train de poindre? --_--

Elle est dans l'eau depuis déjà un bon quart d'heure. Et plus ça va, plus elle fait du bruit avec l'eau. Et j'ai comme la conviction de plus en nette, voyez-vous, qu'elle se croit dans sa baignoire. Est-ce qu'elle a déjà oublié qu'on est poursuivis et donc pressés? ... ... ... Calme Gabriel, calme -_- ... C'est quand même terrible de voir que Rigel ressemble autant à Zina que Zina à Rigel. Et c'est encore plus terrible de voir que l'une et l'autre en sont probablement profondément satisfaites. Moi en tout cas, je me sens de plus en plus profondément blasé --_-- ... ... ... Toujours des bruits d'eau... Non mais qu'est-ce que... MAIS QU'EST-CE QU'ELLE FAIT?!?!

Les sourcils froncés, je me retiens à grand peine de pas regarder derrière l'arbre pour voir ce qu'elle est en train de foutre. Mais si je le fais et qu'elle le prend mal, je risque de plus pouvoir voir grand chose donc je préfère m'abstenir. Je sais bien qu'une fille c'est censé être long mais là... c'est TROP long -_- Comment ça je perds patience?! Comment ça d'habitude je suis pas si chiant???!!! Oui... non... c'est... arg j'en ai marre. Non mais écoutez ça... on dirait qu'un banc de saumons est en train de remonter le courant...

Plouf plouf plouf!!!

... ... ... Elle se fout de ma poire. Je sais pas pourquoi, mais je le sens -_-

- Rigeeel -_-


Silence.

Aaah... enfin... avec un peu de chance dans trois minutes elle sera sortie et habillée... Et quand...
Sploutch sploutch plic ploc plic ploc... plouf plouf plouf!

- Ri...

- Aaaaah c'qu'on est bieeen, quand on est dans son baiiin...


Oh putain...

- RIGEEEL!!!

Il y a un dernier gros "CHPLOUF" accompagné un bruit étouffé. Non Gabriel, ce n'était pas un rire, ce n'était pas un rire, dis-toi que ce n'était pas un rire >< Allez, chuuuut caaaalme c'est pas la peine de t'énerver comme ça bêtement, c'est pas bon pour tes nerfs, qui ont bien besoin de vacances d'ailleurs, alors chut, tais-toi et attends. ... quoique ça je le faisais déjà -_-'
Je replie une jambe contre ma poitrine, et continue à écouter après avoir ôté ce qui reste de ma chemise (pas grand chose à vrai dire). Même si elle a arrêté, semblerait-il, de faire mumuse, des bruits d'eau plus discrets m'indiquent qu'elle n'est toujours pas sortie. J'aimerais bien savoir ce qui lui prends autant de temps. Non mais c'est vrai ça, c'est pas normal de prendre une heure pour se laver. Surtout dans de l'eau froide. En tout cas, je suis surpris par le fait qu'elle n'ait pas fait de réflexions sur la température. J'avoue que je ne la pensais pas capable de rater une si belle occasion de fait une esclandre... Je sens un léger sourire étirer mes lèvres malgré moi. ... mais quand même, elle pourrait...

- A toi!


Je sursaute. On peut même dire que je sursaute violemment, parce que je me retrouve quasiment dans le sens inverse de celui où j'étais assis, les pieds vers le tronc, appuyé sur les coudes, l'air ahuri en regardant la Rigel qui vient de surgir sournoisement de par la droite.

- Mais t'es pas...


Une Rigel dont la chemise… n'est pas là. Absente au-dessus de la peau dorée qui luit encore de l'eau où elle se trouvait il y a quelques instant. Sa poitrine dénudée est parcourue par les sillons brillants que font les gouttes d'eau glissant de sa chevelure trempée. Après un moment de bug intégral où je reste la bouche ouverte et les yeux arrondis de surprise, je détourne le regard et me concentre sur son visage. Enfin j'essaie, je tente. Je sais plus ce que je voulais dire. Je suis censé faire quoi?

- Qu…


Et bizarrement son regard ne m'inspire rien de très rassurant. On dirait un prédateur qui va achever sa proie. Je vous jure, c'est terrifiant, j'ai presque envie de rebaisser les yeux. Mais là j'ai encore plus peur. Mais d'un côté, si elle débarque comme ça elle va pas m'immoler si je la regarde, si? >< Un sourire que je ne lui connaissais pas jusque là dessine un arc de cercle à la fois doux et implacable sur son visage. Oh la la, qu'est-ce que...

- Tu...

Elle s'approche lentement, et je perds encore le fil de ce que je voulais dire. Une petite voix suave dans ma tête me dit que c'est probablement parce que ça n'avait aucune importance. Absolument aucune importance en comparaison de ce que j'ai sous les yeux et dont je ferais bien de profiter pendant que je le peux au lieu de regarder vingt centimètres trop haut. Mais je me concentre obstinément sur ses yeux. Allez savoir pourquoi. C'est plus fort que moi. J'en ai très envie et en même temps… c'est comme si cette angoisse, toujours cette même angoisse qui crie sans cesse "Fuis! Fuis! FUIS!" se mettait à concerner absolument tout.

Pourquoi est-ce que je la fuirais? Pourquoi? J'en sais rien. Pourtant, je suis en train de me crisper, comme à l'approche d'une aiguille ou d'une chose douloureuse. Ou qui va le devenir. Je déglutis tandis qu'elle s'installe à califourchon sur moi, féline, belle. Je suis tendu à craquer, et plus je la sens contre moi, plus je me contracte de la tête aux pieds. Ce qui me paraît bizarre, c'est que ça tient presque du réflexe, ce qui n'a aucun sens.

Ses mains se posent sur ma poitrine et je frissonne. Elles sont glacées sur ma peau. J'ai la gorge sèche, le cœur qui bat en accéléré. Elle se penche sur moi, avec une lenteur presque cruelle, et ma respiration s'accélère malgré moi malgré mes efforts pour essayer de rester calme. Je n'y arrive pas, mes pensées s'embrouillent. Mes coudes enfoncés dans les brindilles raclent la terre tandis que je penche en arrière, les yeux toujours rivés désespérément aux siens. Une fois plaqué au sol et dans l'impossibilité de reculer plus à moins de me découvrir subitement la capacité de m'enfoncer dans la terre, je me rends compte que je suis coincé. Une voix, sûrement celle de la raison à travers son bâillon, me fait sarcastiquement remarquer qu'il serait temps.

Pourtant mes professeurs de combat me l'ont dit mille fois : une fois que tu laisses l'adversaires passer ta défense, il est trop tard pour esquiver.

Le problème, c'est qu'il s'agit de Rigel : c'est volontaire si je la laisse passer ma garde (sans parler du fait qu'elle use de moyens déloyaux), et je ne peux pas la contrer. C'est plus fort que moi. Je suis conscient que du moment où je sais qu'il s'agit d'elle, je ne pourrais pas porter de coup ni me défendre, à moins d'avoir perdu le contrôle. Perdre le contrôle…

Sa bouche se colle contre la mienne. Elle commence à m'embrasser, langoureusement, irrésistiblement. La pointe de ses seins effleurent ma poitrine. Ce simple contact me fait l'effet d'une décharge d'énergie fulgurante, et avant que je puisse le décider mes mains se retrouvent sur sa taille. La magie émet un crissement d'avertissement. Perdre le contrôle? Non, je ne lui ferais jamais de mal tant que je sais que c'est elle. Ma magie est une part de moi : par conséquent elle ne peut pas aller à l'envers de ce que je ressens jusqu'au plus profond de mon être. Ma Limite vibre parce que mon corps frissonne un peu trop violemment? S'il s'agit d'elle ça n'a aucune importance.

Parce que j'ai confiance en elle. Je l'aime. De chaque atome de mon être. Je ne veux pas la fuir. Je ne veux même plus lui résister. Je la veux.

La chaleur envahit mon corps, quelque chose de froid en moi relâche son étreinte, je réponds à son baiser. J'ai l'impression de fondre. Sa chair est glacée contre mon corps bouillant. Le contraste entre nos deux peaux la rend terriblement réelle, et ses doigts me font l'effet de lames glacées suivant du plat les contours de mon dos, longeant mes côtes, soulignant délicieusement mes omoplates. Mes bras l'enserrèrent et la pressent contre mon torse, son corps irradiant de froid plaqué contre le mien brûlant. Nos rôles coutumiers sont comme inversés, c'est moi qui suis embrasé, et je perds mes repères, je me perds dans les sensations, je me perds en elle.

Sa bouche, son ventre, sa langue, ses doigts, ses cuisses, sa peau, ses seins, ses fesses, ses reins, son dos, son parfum, son goût. Elle emplit tout l'univers de mes sens, tandis que je l'embrasse avec plus de fougue encore, assoiffé soudain, avide. Ses cheveux trempés dégoulinent d'eau glaciale qui ruisselle entre nous. Ses seins glissent sur moi, ses doigts suivent le relief d'anciennes cicatrices sur ma peau, mes lèvres embrassent son cou, sa gorge. Je découvre le plaisir de la toucher, de la sentir, et l'espace d'un instant, j'ai l'impression qu'elle peut n'appartenir qu'à moi.

Du bout de la langue, je recueille une goutte d'onde froide et limpide dans un creux ambré de sa gorge. Je la sens frissonner, elle m'embrasse à nouveau, je ferme les yeux. Mes mains se meuvent toutes seules sur elle, découvrant ses formes et ses contours, caressant, parcourant, à la fois hésitantes et enflammées. Je sens son cœur battre contre mon torse, ses jambes enlacées autour de moi, et …

Elle me plaque au sol. Sa bouche se détache de la mienne, j'essaie de la retenir mais elle me repousse doucement, les deux mains posées sur ma poitrine. Elle se redresse, superbe, éclatante. Ses yeux brillent en un silence qui a quelque chose de musical. Je la contemple sans un mot, le souffle accéléré, les mains tremblantes de l'envie de la caresser encore. Je sens à peine les élancements cruels de mes brûlures. Elle incline légèrement la tête sur le côté. Je me rends compte d'à quel point, en plus d'être belle, elle est désirable. C'est une dimension que je n'ai encore jamais vraiment eu l'occasion d'explorer. De manière incontrôlable, elle me fascine, et je n'arrive pas à la quitter des yeux. Ses lèvres s'entrouvrent. Finalement elle me demande, d'un ton de pure innocence :

- Quelque chose ne va pas?


Elle se mord légèrement la lèvre d'inquiétude feinte. Ses yeux brillent trop d'amusement pour que ce soit crédible. Mais cela a le mérite de me ramener très efficacement à la réalité. Je cligne des paupières, comme au sortir d'un rêve, un peu hébété. Puis ce que j'ai fait m'apparaît dans toute sa signification. Sa semi nudité aussi me réapparaît soudain. Et… je sens mon visage s'empourprer comme celui d'un écolier. --_-- ça y est, il fallait bien que ça m'arrive un jour, je suis blasé de moi-même.

Je me mets à balbutier une suite de débuts de phrases incompréhensible en me redressant sur les coudes. Pas un seul instant le coin de ses lèvres ne se relèvent, mais ses yeux sourient pour elle. Et moi je rougis de plus en plus. AAAAAaaaarg ><

Elle se remet debout, saisit son vêtement qui était en fait juste derrière l'arbre et se rhabille.

- Allez! Dans l'eau!


… non mais je rêve -_- Elle se fout vraiment de ma poire… encore…

Je me redresse lentement, encore un peu dans les vapes, pas très sûr de moi. Cette fille va me rendre cinglé (et le premier qui dit que je l'ai déjà dit cent fois et que c'est trop tard, ça va chier). Mais dans un sens elle a pas tort, il faut qu'on reparte.
Je me lève, saisis au passage les lambeaux ensanglantés de ce qui a été ma chemise pour les laver en même temps que moi, et me dirige vers la berge.

Au passage, j'aperçois que Rigel s'est confortablement assise contre l'arbre, face au cours d'eau, et qu'elle me regarde tranquillement, sans l'ombre d'une intention de me retourner ma politesse de tout à l'heure. Et bah… si ça l'amuse… De toute manière j'ai jamais eu la moindre intimité, ou en tout cas trop peu pour me permettre de devenir prude, c'est pas comme si je pouvais jouer les pudiques ici et maintenant. Je lui tourne le dos, délace mon pantalon qui tombe au sol, suivi de mes sous-vêtements, et rentre dans l'eau.

C'est glacé. Ça fait du bien. Ça m'éclaircit un peu les idées. Il me semble qu'avec mes diverses blessures et la fatigue, je devais avoir un peu de fièvre. C'est très vite profond, et en deux pas j'ai de l'eau jusqu'à la poitrine. Je prends mon inspiration et m'enfonce sous l'eau. Je déteste avoir la tête en dessous de la surface. Ça m'angoisse. Mauvais souvenirs. Je remonte vivement, m'ébroue pour diminuer le flot de liquide qui me dégoulinent dans les yeux. J'efface les traces de sang séché, tandis que l'eau froide achève de me réveiller. Ce qui reste de ma chemise ne sera jamais plus blanc mais au moins ça ressemble moins à des tâches de sang. Quand à ce qui est de mon pantalon, il est assez sombre pour ne pas avoir à être lavé maintenant. Pas le temps de le faire sécher de toute façon.

Je ressors de l'eau, plus calme, de nouveau complètement maître de moi. Alors que je me tiens sur la berge, et que je m'apprête à me rhabiller, j'ai droit à une réflexion inattendue :

- T'es beau.


Je redresse la tête, la regarde quelques instants, l'air interloqué. Puis je reporte mon attention sur mon pantalon que j'enfile. Un léger sourire au coin des lèvres, je récupère dans mon sac une chemise propre. J'aime bien quand elle dit des trucs comme ça, ça change un peu…

Le reste de la journée se résume en un mot : marcher. Je suis encore un peu faible, et mon rythme n'est pas très soutenu mais comme Rigel n'a pas l'air habituée non plus, ça ne s'avère pas aussi gênant que ça aurait pu l'être. Vers la fin de l'après-midi, alors que nous sommes depuis longtemps sortis de la forêt et que nous suivons un sentier caillouteux et désert qui coupe à travers les champs, Rigel, qui depuis quelques minutes me paraît de plus en plus courbée et dégouline plus qu'elle ne marche sur le sol, s'arrête. Je me stoppe aussi et la regarde, en attente d'une explication. Elle me regarde d'un air sombre et dramatique, complètement exténuée, poisseuse de sueur, les cheveux en bataille, dans la lumière déclinante. Et c'est à ce moment-là que je vois Rigel, oui, ma Rigel, tomber sur son arrière-train en plein milieu du chemin en lâchant sur un ton d'agonie :

- Gabri… c'est fini…


… … … ok… … …

Résultat des couses, je finis la journée avec Rigel et ses bouquins sur le dos (oui, c'est du deux en un…). Quand on arrive en vue d'une ferme isolée et qu'on s'introduit dans la grange pour y passer la nuit, il fait déjà nuit depuis un peu moins d'une heure, et je dois avouer que je tiens à peine debout. Rigel proteste un peu à l'idée de dormir dans la paille, mais en même temps on a pas le choix, elle est assez fatiguée pour finir par céder sans trop de palabre. Demain on ira demander aux propriétaires qu'ils ont du travail pour nous, histoire qu'on puisse commencer à se faire un pécule. Pour une fois, le sommeil ne me laisse pas le temps de réfléchir très longtemps avant de m'emporter.

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Lune, entends le coeur de la bête humaine, la complainte d'un astre sans lumière, d'une terre sans étoile, larme sans sourire, une rose noir diamant... Lune, regarde ce monde immense, et pleure, sur la bêtise de ceux qui ont oublié la sagesse...


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MessagePosté le: Dim 22 Juil - 13:22 (2012)    Sujet du message: L'ombre du Temps Répondre en citant

Après une bonne nuit de sommeil, nous nous reveillames bercés par les doux bruits de la nature et les effluves alléchantes d'un festin qu'on préparait en notre honneur. Nan sans dec' j'ai rarement aussi mal dormi (sauf pour notre premiere nuit dehors qui sentait le Gaby cramé... ça c'est le must...), j'ai la dalle j'me sens sale et en plus la seule chose que Gaby à trouvé à faire est d'aller chercher du boulot. Du boulot !!! A mon âge !! nan mais j'vous demande un peu !! Enfin bref le fait est que je me retrouve toute seule dans une grange au milieu de la paille, Gaby ayant jugé qu'il avait plus de chance d'obtenir l'hospitalité si je ne l'accompagnait pas. Hum. Chacun sait pourtant que je suis d'une incroyable classe en société...

Nénanmoins, je voit un point positif sous forme d'un immonde truc sale négligemment posé sur le sol : le sac... et dans le sac des provisions. J'hésite 5 micro-secondes en pensant que Mr je-me-la-pète-en-société aimerais surement manger avec moi, mais le fait est que je tient plus à mon estomac qu'à mon image de gentille épouse attentionée. C'est donc avec plein d'entrain que j'attaque ce qu'il me plait dans les vivres (en veillant tout de même à lui laisser une part, je ne suis pas un mooooonstre quand même...)

Mon repas s'avérait être l'un des meilleurs du moment, sans personne pour me dire « retient toi on doit en garder, nous avons une longue route à faire et tu viendras pas pleurer après pour gnagnagna et gnagnagna » , jusqu'à ce que non pas un mais deux abrutis viennent le troubler... et limite me couper l'apetit. Si j'en crois Gabriel et mes souvenir d'hier, les deux mecs qui se pointent sont des mages du Doltor, soit de dangereux imbéciles qui n'auraient aucun scrupule à se faire un tapis en peau de Rigel. De proche ils sont encore plus terrifiant : un grand brun aux cheveux plaqués en arrière (qui aurait pu être beau gosse s'il n'avait pas une lueur hautaine-assassine-glaçante dans le regard) et un petit chauve aux yeux porcins (qui resterait définitivement moche quoi qu'on y fasse). Une belle paire de couillons qui ont pas l'air de venir acheter de la farine. Inutile de se cacher, je reste donc à ma place, machonnant l'air de rien un morceau de lard avec un air bovin à souhait.

[color=#ffffff]_Qu'est ce que vous faites là mademoiselle ?[/color]

C'est petit porc qui à parlé, et je suppose naturellement qu'il est le chef de la bande. Enfin de la paire... du duo quoi.

[color=#ff9933]_ Si l'on en croit les morceaux de lard coincés entre mes incisives, il semblerait que je me subtante.[/color]

Petit porc me regarde d'un air à mis chemin entre « je la tue sur le champs » et « cette fille est une imbécile heureuse ».
[color=#ffffff] [/color]
[color=#ffffff]_Et en dehors de ça ?[/color]
[color=#ffffff][/color][color=#ff9933]_Bah écoutez la vie quoi je dors je range un peu la paille je chasse les rats tout ça tout ça... et vous ?[/color]

C'est grand escogriffe qui me repond cette fois sans s'émouvoir ni de mon apparente bétise ni de mon encore plus apparente insolence :

[color=#ffffff]_Nous recherchons des fugitifs.[/color]
Oula, pas bon ça. Je les ai vus passer ils sont partit par là !!! … Mouai peu crédible. Optons pour la solution la plus facile : la grande éloquence.

[color=#ff9933]_Aha...[/color]
[size=12][color=#ff9933][/color][/size]
Là, c'est définitif, ils me prennent pour une abrutie finie.

[color=#ffffff]_Vous voyagez seule ?[/color] Enchaine petit porc.

[color=#ff9933]_Nan avec mon grand frère !![/color] déclame-je avec l'air le plus humainement niaiiiiis possible (Douki si tu me vois...)

[color=#ffffff]_Mais donc vous voyagez ![/color]

Nan imbécile je mange et tu mrepose une seule question jte botte le *** !!

[color=#ff9933]_Nan on est arrivés ici pour trouver de l'emploi, notre famille doit nous rejoindre sous peu, parce qu'en fait ici la récolte sera meilleure parce que vous voyez la composition du sol...[/color]

[color=#ffffff]_Comment vous vous appelez ?[/color] Me coupe impoliment petit porc (et heureusement d'ailleurs parce que je n'ai aucune idée de la composition du sol de cette ferme pourrie)

[color=#ff9933]_Bella du Puis ! Parce que on habite à coté du puis ![/color]

Quel taaaalent pour la comédie !! Petit porc semble hésiter et jette un coup d'oeil à grand escogriffe, qui lui répond d'un hochement de tête.

[color=#ffffff]_On repassera.[/color]

[color=#ff9933]_ Hum.[/color]

Ouuuui merci de votre charmante visite !!! J'attend de les voir disparaître pour reprendre ma respiration. Encore un peu et c'était cuit. Si je survit aux mages je deviendrais conteuse.


 Je remballe les provisions quand Gabriel débarque dans notre humble demeure.

[color=#336699]_Le propriétaire nous autorise à nous méler aux journaliers sur ses cultures, et également aux femmes de la maison qui ont du travail à déléguer.[/color]

[color=#ff9933]_Ok je vais aux champs tu fait la boniche. Moi j'ai tapé la discut' à des mages.[/color]

[color=#336699]_C'est pas drôle. [/color]

[color=#ff9933]_Laquelle ?[/color]

[color=#336699]_Les deux ![/color]

[color=#ff9933]_ Mais les deux sont vraies ![/color]

La tête que me tire mon cher et tendre est impayable. Entre Mick que l'on réveille de sa sieste et Douki qui découvre le fonctionnement d'un livre. Assez impressionant à vrai dire. Je n'aurais pas eu la trouille de ma vie une quinzaine de minute auparavant que j'aurais éxplosé de rire. Je lui raconte l'entretien et le voit blémir à vue d'oeil. À la fin de mon monologue, il reprend contenance et déclare :

[color=#336699]_ Bon, faudras pas trainer trop logntemps ici. Et donner des fausses pistes : nous allons au sud.[/color]

[color=#ff9933]_ D'accord, reponds-je avant de reprendre d'un ton plus léger : je commence le travail, bonne journée Bobone !!![/color]

Ses yeux s'arrondissent.

[color=#336699]_ça va pas toi tu va à l'intérieur et je vais travailler sur les cultures ![/color]

[color=#ff9933]_Ahahaha. Mais bien sur. Et moi je suis un orc.[/color]

L'air dubitatif que me lance cet abruti ne joue pas en sa faveur.

[color=#ff9933]_ Alors comment t 'expliquer que le travail au champs, bien que totalement éprouvant, convient plus à une jeune femme qu'à un mec à moitié vidé de son sang, cautérisé de tout les cotés et dont le simple fait de lever son cul du sol le fait souffrir le martyre ? Moi je suis presque en pleine forme, j'ai toute la vigueur et la souplesse qui caractérse normallement les gens de mon age et par conséquent je n'ai aucune envie d'aller coudre des fonds de culotte pendant que tu essaie vainement de te redresser après avoir ficeler ton fagot, tu vois ce que je veux dire ?[/color]

Si l'allusion aux fonds de culotte n'a pas eu l'air de le motiver plus que ça, il reconnaît néanmoins que j'ai raison et abandonne toute discussion. Youpi. C'est avec un fol entrain qu'il traine des pieds jusqu 'a la ferme, tandis que je sautille jusqu'au champs, fière de ma victoire. Arrivée sur mon lieu de travail, c'est tout de suite beaucoup moins amusant.
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MessagePosté le: Dim 22 Juil - 13:44 (2012)    Sujet du message: L'ombre du Temps Répondre en citant

[color=#ff9933]_Me revoilàààààà !! J'ai plus de jambes plus de dos j'exige un massage, femme !! En plus je fait la collection des courbatures et des coups de soleil, et j'ai passé la journée à me faire beugler dessus par un ours en pantalon, tu vois le tableau !! Et toi comment ça va mémère ? Enchaine je sur un ton mielleux à souhait.[/color]

[color=#336699]_ça va.[/color]

…. Mooooon Dieu je prète un chéri et on me rend une loque humaine. Quelle injustice, moi qui avait justement d'un jeune homme fougueux pour me remettre le dos en place -_-'.

Je m'approche doucement et constate qu'il n'a pas la moiiindre intention de bouger le moiiindre sourcil. Il est bien amoindri quoi.

[color=#ff9933]_Bon ben c'est l'heure de ta cure ![/color]

Je me saisit du pot d'onguent laissé par la pouf des forêts et l'ouvre. Une délicieuse odeur de souffre atteint mes narines. Genial, non seulement on me rend un chéri mort, mais en plus il va puer. Je préssent que cette nuit va être encore moins reposante que la dernière.

Je trempe les doigts dans l'infame mixture puante et en badigeonne largement le dos de Gabriel. Celui ci me prouve qu'il est vivant par deux signes : son nez se retrousse et il sursaute chaque fois que je m'approche de ses blessures. Je me sens un peu coupable de lui avoir infligé ça mais en même temps, sinon, il allait mourir non ? Mes doigts courent le long de son dos, et ça na rien d'agréable étant donné qu'entre ma peau et lui se trouve une gélatine immonde. Néanmoins, ça à l'air de le soulager, alors... c'est fou comme je donne de plus en plus de ma personne. Il y a un an, j'aurais tout simplement refuser de me salir les doigts pour encrémer un malade ! Bon mais y a un an on avait un minimum de service médicaux. Ici je doute que quelqu'un veuille me rafistoler gratuitement mon chéri... Peut être en demandant poliment aux mages, ahahah -_-'.



Je sors un instant pour chercher de quoi me laver les mains... Et ben je peut toujours chercher. Je m'essuie avec dégout les mains sur la paille à coté de Gabriel (eh oh il pue déjà il verra pas la différence) et prend un bout de pain que je machonne pensivement. Gabriel se redresse et prend une part de ce somptueux festin, l'ai à moitié dans les vapes. J'ai même pas eu le droit à un merci alors soit il est vraiment assomé, soit le fait d'être sur le continent la re-rendu con. Prions pour la première solution !


Après un repas plus que frugal, je m'affale dans la paille. Mauvaise idée, des brins s'insinue sous ma chemise et me pique le dos, le cou, les bras, provoquant des démangeaisons tout à fait désagréables. Entre ça et la loque puante d'à coté qui s'est couché à 10 mètre de moi, je sens que cette nuit va être un régal. Couchée sur le flan, je ferme les yeux en priant pour m'endormir vite. J'ai découvert plus de choses en trois jours qu'en toute une vie, et sa me fatigue plus qu'une bonne journée de travail (et je rappelle que je n'ai jamais travaillé de ma vie et que je n'ai aucune force dans les bras, c'est vous dire is je suis exténuée!). Un mouvement sur le coté m'avertit que Gabriel se rapproche de moi. Avec un grognement de douleur, il se retourne sur le coté, passe une mains sur mon ventre et m'embrasse dans le cou. Je ré-ouvre les yeux et me blottit contre lui. Ce ne sera peut-être pas une si mauvaise nuit...
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